Il y a un certain plaisir à aller voir un vieux film au cinéma. Surtout un film qui ne date pas de ma génération. On ne peut donc pas parler de nostalgie, mais quelquechose d'à la fois plus poétique et plus complexe. Quelque chose comme ... un voyage dans le temps. C'est ça. C'est un peu comme si j'avais pris ma Delorean pour aller 70 ans en arrière m'asseoir sur un vieux siège, dans une vieille salle mal aérée (après avoir resquillé bien sûr, puisque l'euro n'existait pas encore). Voir un vieux film au cinéma aujourd'hui a aussi quelque chose de rassurant dans le rapport qualité prix. Il faut bien le dire : si l'on se casse la tête à restaurer un film et à le passer aujourd'hui entre deux films contemporains, alors il y a un peu plus de chance que le film ne soit pas un désastre au contraire des films contemporains pour lesquels les gérants de cinéma doivent faire des choix. Ce n'est quand même gagné à tous les coups. Je me souviens de mon expérience en face de 'The big sleep'. Ca semblait prometteur et puis finalement je me suis ennuyé. J'avais donc une certaine crainte, comme celle d'un chien qui a reçu sa première claque et qui n'est donc pas encore sûr du comportement adéquat face à son maître.
Rendez-vous est une comédie romantique très sympathique. Très vite ça m'a rappelé un certain film avec Tom Hanks et la jolie Meg Ryan, film que je n'ai pas vu mais qui a fait beaucoup de bruit à l'époque de sa sortie et dont le pitch est facile à se souvenir. Donc, il s'agit là d'une comédie romantique de l'époque. Si ça reste trs gneugneu on peut dire que les standards de l'époque en la matière étaient plus élevés et ainsi, plutôt que de se contenter d'une situation cocasse à étirer comme c'est hélas trop souvent le cas dans le genre aujourd'hui, Lubitsch y insère des ingrédients de film social et joue la carte de la finesse, surtout en terme d'humour. Des dialogues savoureux sont ainsi échangés et il est difficile de s'ennuyer ou de contenir un rire fort tant les réparties sonnent justes, drôles, vraies. Ce n'est pas tout : l'auteur propose une structure assez osée et originale, laissant ainsi les différentes trames s'entrecroiser avec audace avant de terminer par ce qui nous occupait ici initialement: une histoire d'amour. Je craignais que la fin soit ennuyante, mais vraimnt la qualité d'écriture, tant dans les dialogues que dans la situation permettent de donner un second souffle au film pour ses 15 dernières minutes et ainsi de tenir en haleine son spectateur pour une fin des plus mémorables.
Quant à la mise en scène, on est bien sûr dans un vieux films, et l'on privilégie donc les plans d'ensemble, certaines séquences importantes se déroulent selon un découpage ultra épuré, c'est-à-dire deux longs plans. Ca n'empêche pas une utilisation intelligente de la caméra, avec quelques mouvements travelling audacieux. Efficace est donc le terme juste pour désigner cet aspect visuel. Le son est ce qui m'a le plus étonné : absence de musique externe (j'oublie toujours le mot) et ainsi la seule musique qu'il nous est donné d'entendre provient d'une petite boîte à musique, boîte à musique qui prendra toute son ampleur lors d'une des scènes les plus importantes du film. Les acteurs, enfin, sont très bons. James Stewart a déjà sa tronche reconnaissable et fait bien rire dans ce rôle de jeune homme cherchant une femme de type moyen seulement physiquement (il n'a pas besoin de plus). En face, la ravissante Margaret Sullivan, capable de passer de la joie à la tristesse en un claquement de doigt. Le reste est à la hauteur et chacun parvient à se rendre mémorable en campant son personnage.
Voilà donc une expérience très riche que je ne regrette pas. C'est véritabelemnt une chance d'avoir quelques petits cinéma qui prennent la peine de rediffuser de vieux classiques, de faire découvrir aux gens de notre époque un cinéma révolu. Ce qui fascinne aussi, c'est ce miroir à travers le temps sur des moeurs encore d'actualité. Le couple fonctionne parfaitement et les petits soucis sur l'image, la beauté, l'intelligence sont les mêmes qu'aujourd'hui. Ca ne m'étonne même pas que le remake se déroule dans une cyber café, c'était d'ailleurs la chose la plus logique à faire. Enfin, j'aime les comédies romantiques lorsqu'il nous est donné de réfléchir sur les raisons de cet amour ; ici c'est le cas, il y a un réel échange, et les personnages sont tous deux creusés en ce sens (en plus la situation de reconquête si je puis dire est assez originale, pour ne pas dire avant gardiste par rapport aux comédies actuelles).
Bref, Rendez-vous est une petite merveille sur laquelle je n'aurais pourtant pas parié (c'est vraiment le couplet final qui m'a décidé qu'il s'agissait là d'un très grand film). Néanmoins, je précise que si je n'ai aps mis 10/10 c'est parce que j'ai ressenti l'une ou l'autre longueur, rien de bien méchant, mais de quoi se faire remarquer tout de même.