La comédie romantique par excellence. Faut dire que le genre, largement et piètrement repris depuis, a été magnifié dans ces années 30 /40. Lubitsch père tenait un magasin de vêtements à Berlin. Ernst ado y avait travaillé et a dû puiser dans cette expérience pour retranscrire avec génie toute l’effervescence d’une boutique au coin de la rue et la fragilité de la condition de ses employés, qui se chamaillent et s’agitent au moindre geste du gérant, Monsieur Matuschek. Lubitsch réussit le pari, entre-deux comédies satiriques plus politisées et subversives (Ninotchka et le régime stalinien en 1939 et Jeux Dangereux et le régime nazi en 1942), de réaliser une œuvre d’une époustouflante élégance, qu’elle soit dans la note sentimentale, le trait humoristique ou la teinte sociale. Le duo James Stewart (Alfred Kralik) / Margaret Sullavan (Klara Novak) fonctionne à merveille et renvoie à « l’opposition complémentaire » de Clark Gable et Claudette Colbert dans New-York – Miami six ans plus tôt. Le grain de folie dans les mœurs de la romance, déjà exhorté un peu avant par Hawks dans l’Impossible Monsieur Bébé, semble tout-à-fait perceptible sans omettre les similitudes avec les comédies de Capra s’agissant de la griffe sociale. A contrario des films hollywoodiens de l’âge d’or se déroulant majoritairement au sein d’une haute-société, The shop around the corner nous donne rendez-vous avec quelques employés d’une maroquinerie de Budapest, tous conscients de la précarité de leur situation, avec la crise et le chômage en toile de fond. La boutique Matuschek constitue le théâtre de tensions comiques accentuées par la rivalité de Kralik et Novak. Les deux collègues correspondent chacun par lettres d’amour anonymes envoyées l’un-à-l’autre, sans savoir ni se rendre compte de leur attirance masquée par les bisbilles du quotidien. Lubitsch diffuse, par une mise en scène et une interprétation remarquables (notamment des bons seconds rôles), une comédie tendre et efficace, où l’amour idéal parait bien terne face au charme de l’ironie, et au jeu de l’amour et du hasard.

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le 11 janv. 2017

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Palatina

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