La folie observée, jamais partagée

Répulsion est souvent présenté comme l’un des sommets de la filmographie de Polanski. À la découverte, pourtant, le film laisse une impression mitigée. Non pas qu’il soit raté — loin de là — mais parce qu’il paraît moins abouti, moins immersif que Rosemary’s Baby ou Le Locataire, avec lesquels il forme pourtant une évidente trilogie mentale.


Le cœur du problème tient à l’identification. Là où Polanski excelle habituellement à placer le spectateur exactement dans l’état psychique de son protagoniste, Répulsion maintient une distance. On observe la dérive du personnage de Catherine Deneuve, on la comprend intellectuellement, mais on ne la vit pas pleinement. La paranoïa ne contamine jamais vraiment le spectateur. À l’inverse du Locataire, où chaque détail devient suspect, ici la folie est montrée, presque disséquée, sans que l’on bascule avec elle.


La répulsion du personnage envers les hommes, pourtant centrale, reste trop elliptique. On devine des traumatismes, on comprend le malaise — renforcé par le comportement pesant, voire glauque, des hommes de l’époque — mais rien n’est suffisamment construit pour créer un véritable vertige psychologique. Là où Rosemary’s Baby enferme progressivement le spectateur dans le doute, Répulsion lui demande surtout d’accepter un état mental déjà installé.


Reste que, formellement, le film impressionne. Pour un huis clos aussi austère, la mise en scène est d’une inventivité remarquable. Polanski transforme un appartement banal en espace mental hostile : murs qui se fissurent, couloirs qui s’étirent, cadrages qui enferment. Il filme avec une virtuosité évidente quelque chose qui, par nature, n’a rien de spectaculaire. De ce point de vue, Répulsion est une véritable démonstration de cinéma.


Mais une démonstration reste une démonstration. Répulsion fascine plus qu’il ne trouble, s’admire plus qu’il ne s’éprouve. On y voit un Polanski déjà obsédé par les thèmes qui feront sa grandeur, mais encore en phase d’expérimentation. Un film important, indéniablement, mais moins suffocant, moins maîtrisé psychologiquement que ceux où le cinéaste apprendra, pleinement, à faire du spectateur le véritable prisonnier du récit.


En somme, un très beau brouillon — quand Le Locataire et Rosemary’s Baby sont, eux, des pièges parfaitement refermés.


Andika
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le 10 janv. 2026

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