Bi Gan m'a déçu.
Il cite trop. Moi aussi, j'aime bien la scène des miroirs dans La dame de Shanghai mais en avoir la copie en moins bien, c'est pas quelque chose qui va me procurer une émotion esthétique quelconque, simplement un agacement certain. Parce que, je sais déjà où il va avec et qu'au final, n'en retire pas grand-chose. Pareil, il cite Brazil mais est-ce que j'en ai quelque chose à foutre ? Il a aimé le film. D'accord, moi aussi. Mais je ne retrouve pas le cinéma que j'aime chez Bi Gan. Je n'ai pas retrouvé les idées visuelles, l'absence ou l'intrigue imbitable. Je n'ai pas retrouvé la poésie qui découle de l'image. Je n'ai pas retrouvé de plans cryptiques à qui veut bien les décomposer. Je n'ai pas retrouvé la grandeur de son génie.
J'ai beaucoup de sympathie pour la première partie en muet, avec ses références à l’expressionnisme allemand, au montage de Griffith ou à la comédie muette. C'est joli mais bon, vite vu, vite oublié. Et je ne parlerai même pas de l'horrible troisième partie... un supplice (j'ai hésité à quitter la salle, mes amis voulaient se barrer mais j'ai tenu en songeant au plan-séquence à venir).
Visuellement, c'est loin d'être une claque esthétique comme l'ont pu être ses deux films précédents. Là, il n'est pas inventif, il cite trop et se perd dans un dédale de non-idées inutiles. Si j'ai retrouvé ce qui fait le corps de son cinéma, c'est-à-dire les histoires d'amour, le rapport au temps et à la Chine, dans un tout qui transcende les genres cinématographiques, il se plante méchamment à trop vouloir expliciter son cinéma.
Il fait un power-point aesthetic de ses influences mais ça n'en fait pas un bon film. Loin d'être une balade hypnotique, il se contente de citer des références, de recopier en moins bien ce que j'ai déjà vu ailleurs en guise dommage le tout articulé par la banale idée que "tHiS iS cInEmA"... pourquoi tu fais ça Bi Gan ? Pourquoi ? J'ai besoin de savoir.
En fait, il dit tellement tout, qu'au final, il n'y a pas grand-chose à analyser. En sortant de la salle, j'ai compris que ça n'allait pas me hanter, que c'était beaucoup trop long, surtout pour dire si peu. L'intrigue est un prétexte mais elle est tellement présente, qu'elle ne parvient pas à s'effacer au profit de l'image et de l'émotion brute. Comme ce que j'avais pu ressentir dans Un grand voyage vers la nuit ou Kaili Blues... je suis profondément dépité (parce que j'ai attiré mes amis dans ce traquenard). Je n'ai pas ressenti grand-chose pendant une bonne partie du film, juste de l'agacement.
Mais, il y a quand même des aspects positifs. Déjà, ça se réveille un peu dans la partie film de gangster. Il singe encore un genre, j'ai vu mieux en termes de néo-noir chinois dirons nous. Mais la relation entre la gamine et l'escroc est un peu touchante. Il y a que jolis plans. Rien de plus à se mettre sous la dent mais avec ce qui a précédé, je me dis que c'est déjà mieux que rien. Et enfin, ô miracle, son plan-séquence, fantastique ! Je me suis replongé d'un seul coup dans le film, hypnotisé. Il y a une succession d'idées de mise en scène absolument sublimes. L'histoire racontée est émouvante, avec cette mort programmée, l'ambiance post-apocalypse qui se dessine autour de quelques ruelles. Le passage du karaoké avec le mec qui se fait défoncé en hors champ et la meuf qui pleure pendant que le méchant chante, j'ai adoré. Là, on touche à ce que Bi Gan sait faire de mieux. Et je trouve que le final, le fait que la meuf soit une vampire, c'est bien trouvé par rapport à sa propre intrigue. L'histoire d'amour qui est conté est belle, en moins de quarante minutes, j'ai ressenti plus de choses que pendant deux heures de film.
Je ne comprends vraiment pas que Cannes lui ait refilé un prix pour ça.