Théodore Roosevelt disait : "Le futur appartient à ceux qui croient à la beauté de leurs rêves". Bi Gàn est visiblement d'accord. Resurrection est une itinérance poétique de 2h30 dans les rêves d'un "fantasmer" (en VO), un homme du futur rendu immortel mais malheureux, qui a une nuit pour tout vivre, tout faire, tout réparer de ses regrets, avant que son accompagnatrice (la femme qui le veille, observe ses rêves, sans tout comprendre mais en appréciant le voyage, un peu comme nous) ne le réveille pas au petit matin... Comme une allégorie de ce qui fait la préciosité de la vie, Resurrection parle beaucoup de ce qui compte vraiment : revoir son père dont les ronflements sont un souvenir tendre qui a marqué le héros dans sa jeunesse, discuter philosophie et morale avec une divinité, se battre avec des gangsters, tomber amoureux de la fille qui nous a toujours plu... Bi Gàn s'offre carte blanche dans le scénario, et l'on baguenaude joliment d'un rêve à l'autre, saisissant que le héros essaie de cocher tous ses désirs, sans même se dépêcher (le film dure 2h30, ce n'est pas pour rien), avec l'éternel image de la finitude qui l'attend au bout de son rêve (comme cette statue qui semble ne rien craindre du temps, mais fond pourtant comme une bougie : seul l'inconscient se sent tout-puissant). Rappelons, car c'est important, que ce film a eu un mal fou à se sortir de la censure chinoise (ce qui explique qu'il est apparu comme par magie dans la programmation de Cannes juste cinq jours avant le Festival... Ils ont dû batailler pour l'obtenir), notamment car les rêves du héros sont gorgés d'interdits dans le régime autoritaire chinois (même si l'intrigue a l'élégance de ne pas faire du militantisme pour appuyer sa critique, on voit bien avec toutes les libertés prises dans les fantasmes, que cela tranche avec la réalité de la Chine... Ah, tiens, un pays "qui veut être futuriste, mais empêche les gens de rêver, et de penser ?", on vient de saisir...). Au-delà de la beauté du récit, on se rince l’œil sur la magnifique mise en scène de Bi Gàn, faite de plans-séquences qui suivent les personnages avec fluidité et naturel, ajoutée à des anamorphoses virtuoses (les décors se complètent, s'imbriquent, se construisent à l'improviste d'un regard jeté en arrière par le personnage principal), et faisant suite à un court-métrage qui rend hommage aux premières vues du cinéma (l'arroseur arrosé, Méliès, Les Frères Lumière...). On n'oubliera pas que le cinéma est littéralement "la captation de ce qui est en mouvement", comme un moyen de tromper la Mort en gardant mobile ce qui n'existe plus dans le réel, ici mis en parallèle de ce dernier rêve du condamné qui peut tout faire le temps d'une nuit, et d'une seule... Resurrection est un petit prodige de mise en scène, de poésie, de finesse dans sa critique politique, dans lequel il est facile de se laisser porter, comme dans un doux songe...