Connaissez - vous Bi Gàn !? Avez-vous entendu parler de Bi Gàn ? Avez - vous lu et vu Bi Gàn?
Résurrection est son troisième long métrage et il n’ a que 36 ans ! Depuis mai 2023 , à savoir depuis que je suis retourné en salle de cinéma après les affres de la pandémie liée à la Covid-19, je pense , sans aucune hésitation, que Résurrection est le troisième chef d’ œuvre que je viens de découvrir après La zône d’ intérêt de Jonathan Glazer et Anatomie d’ une chute de Justine Trier…….Merci le cinématographe des frères Lumière qui fête son cent trentième anniversaire cette année !
« ……Il se pourrait que certains spectateurs perçoivent ce film comme un portrait spirituel des chinois .Non pas le portrait d’ une figure concrète, mais celui d’ une abstraction, l’ essence même d’ une certaine âme chinoise . Le siècle est le véritable protagoniste de ces deux heures et demies …. »( de Bi Gàn , le siècle en question est le vingtième siècle ).
Après Kaili blues , première œuvre cinématographique étonnante ( 2015) ce cinéaste propose Un grand voyage dans la nuit , en 2018, long métrage précis et bouleversant,et , ici et maintenant, voilà le dernier né de cet homme mystérieux, imaginatif et cinéphile qui voit le jour , en 1989 , en la bonne ville de Kaili en Chine . Ce jeune homme , comme Obélix , est tombé dans une sorte de potion magique, à savoir les lanternes mirifiques de la photographie et de la cinématographie….Le temps s’ écoule ….Voici une douzaine d’années , ce jeune humain réalise son premier court métrage ,Le sutra du diamant ,qui reçoit la mention spéciale du jury dans la catégorie Asian New Force du festival IFVA qui est un genre d’ incubateur de films et de médias audiovisuels d’ Asie , en la célèbre ville de Hong - Kong . Dont acte !
Résurrection peut se résumer simplement. Imaginez un jeune homme , qui a les traits de Jackson Yee dans la peau du « révoleur » , qui se réincarne cinq fois dans cinq moments particuliers du vingtième siècle qui défile devant nos yeux sidérés et ébahis positivement.Une femme suit sa trace spaciale et temporelle. Cette femme est incarnée par Shu Qi ( égérie de Hou Hsiao - Hsien )qui a une voix si spéciale , enveloutante et atemporelle , idéalement adaptée au climat de ce long métrage étrange , beau , ironique mélodique et mélancolique.
Oui!….. Il faut lire …Révoleur…. Dans un futur lointain, vraiment lointain ….Ou ..chut …. Les humains ne rêvent plus ….Mais ils vivent éternellement …ÉTERNELLEMENT…..certains volent les rêves et les cultivent en eux ..Donc rêve plus voleur donnent bien révoleur….Serais- je un révoleur dans ce conte philosophique ? Seriez - vous des révoleurs dans ce magnifique long métrage sinueux , esthétique et ésotérique ? À nous de voir , au fil de cette fiction inouïe et génialement singulière…..
La structure de ce film débute avec un hommage intense , original et dense aux commencements du septième art , à savoir le cinéma muet . Le format est presque carré . Puis , nous suivons le protagoniste dans cinq époques du vingtième siècle. Chaque époque fait référence à une catégorie genrée de film et aux cinq sens des homo sapiens sapiens érectus. Encadrant ces cinq chapitres, Shu Qi suit le protagoniste, le veille et assure les « ponts » intermédiaires entre les étapes spacio- temporelles.La clôture de cet époustouflant film est l’ une des plus intéressantes, magiques et originales conclusions ouvertes vues depuis très longtemps et qui restera , j’ en suis sûr , dans les mémoires des spectateurs et , naturellement , dans celles de tout cinéphile exigeant, poétique et romantique probablement. Un évènement visuel et sonore qui s’ honore d’ exister et de s’ offrir à nous sans se réduire ou s’ atténuer mais qui infuse longtemps dans nos neurones étourdis et sincèrement charmés.
Mais lisons Bi Gàn :
« …….Le cinéma a sa propre histoire, et j’ ai une vision claire de cet héritage cinématographique……Et dans ce destin centenaire, une question émerge naturellement : aujourd’hui, que signifie l’ existence d’ une personne née dans un lieu précis , avec un sang , des gènes particuliers ? Quel est le questionnement qui la hante ?…….C’ est ce qui m’ a poussé à créer « un monstre cinématographique », car le cinéma , lui - même , est le médium idéal pour exprimer cela .En travaillant sur ce film ,j’ ai voulu le saturer d’ informations, faire vivre au public un siècle entier en deux heures et demies , comme s’ il était ce monstre .Je cherche à ressusciter cette beauté qui appartenait autrefois au cinéma …. » OUI …..CETTE BEAUTÉ QUI APPARTENAIT AUTREFOIS AU CINÉMA. D’ où son vrai nom complet ….Le CINÉMATOGRAPHE……..
Revenons à Bi Gàn:
« ….C’ est la dérive d’ une âme errante qui vagabonde à travers le siècle .Ainsi, chaque histoire y perd un peu de son réalisme……….L’art est alors la chose la plus utile : il ne se contente pas d’ enregistrer ce moment , il le chante .Il chante cette chose très triste , résignée ,qui n’ est même plus du désespoir, ni de l’ espoir .Si je devais la décrire émotionnellement, ce serait une grande mélancolie, un regret intense…. ».
Résurrection a reçu le prix spécial du jury au festival de Cannes du printemps dernier.
Jamais deux sans trois …Retournons vers Bi Gàn:
« …..Après chaque période de tournage , je trouve que le temps de réflexion entre les sessions est extrêmement important…...C’ est pourquoi ce film a été tourné en trois périodes, en ajustant constamment la direction….. »….Dont acte …Savoir créer vraiment nécessite du temps , des idées , du temps et autant de temps que nécessaire…..
Au fil de Résurrection, Bi Gàn revisite son cinéma et celui tout au long du siècle numéro 20. Ainsi , nous admirons, implicitement ou explicitement( ou les deux ):
L’ arroseur arrosé,
Certains films de Georges Mélies,
Idem pour David Ward Griffith ,
Également ceux de Friedrich Murnau( Nosferatu, L’ Aurore …),
Itou pour Orson Wells,
La période du film noir,
Les films de Stanley Kubrick,
Itou pour Akira Kurosawa ,
Sans omettre Andrei Tarkowski,
Mais aussi Terry Gillian ,
Idem pour La nouvelle vague française,
Le cinéma chinois ,
Le cinéma des histoires de fantômes,
Celui du surréalisme,
Le plan séquence, ..Signalons en un de 36 minutes qui constitue la cinquième partie temporelle.
Idem pour la science-fiction évidemment…Et cetera ….
« …. Le cinématographe, ce n’ est rien d’ autre en fait que de pouvoir lire l’ âme de quelqu’un juste en regardant ses yeux ….. ».
À cela pensons à une citation de Jacques Rancière dans Philosophie magazine de mai 2007:
« ..Un plan de cinéma est un enchaînement dans une histoire et une suspension de cette histoire…. ».
Ainsi nous sommes placés devant un triple regard . Primo, celui de la vie reproduite en fiction ..La force principale du médium cinématographique .Secondo,le regard historique quant à la force du septième art , son impact puis son devenir ou sa mutation. Tertio, le regard particulier du spectateur et , qui sait , plus tard du « révoleur » attentif , dissident et qui veut partager cela , naturellement.
Au sortir d’ une telle rutilance cinématographique, nous pourrions avoir envie de participer à la création artistique commune du genre humain par le biais d’ une caméra , d’ un micro , de quelques acteur.rices et de quelques mots ……
Je pense maintenant à cette citation de Jules Petit - Senn:
« …Le cinéma , c’est l’ Opéra du vingtième siècle.On a tous les arts : les écrivains,les acteurs, les décorateurs, les chefs opérateurs, les musiciens, pour faire une œuvre totale ». Actuellement , combien d’œuvre totale ? Résurrection en est une !
Le cinématographe existe . Je viens de le rencontrer. Je viens de tenter ce texte à son sujet ……. Merci Bi Gàn ! Bravo ! Chapeau l’ artiste !
Continuez !
Ainsi, le révoleur continue son voyage immobile…….
Ainsi , la revoleuse tisse des métaphores sur les écrans et ,également, en hors cadrage………..Un seul impératif : créer ensemble……….
Merci pour la lecture.
Gérard Michel