Même en ayant plutôt apprécié Kaili Blues et Un grand voyage vers la nuit, ses deux premiers longs métrages, il n'est pas interdit de penser que Bi Gan a cette fois poussé le bouchon un peu trop loin dans la prétention et l'opacité. Resurrection (c'est plus chic sans l'accent) ? Un film sensoriel, hypnotique et exigeant vous diront les exégètes ravis du cinéaste chinois. Oui, mais non, la virtuosité de la mise en scène est indéniable, au service "de la dérive d'une âme errante qui vagabonde à travers le siècle" dixit Bi Gan qui s'essaie à l'imitation de plusieurs genres de l'histoire du cinématographe, avec plus ou moins de finesse. Ben voyons, pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ou rester lisible quand on a la tentation de l'expérimental. Bien entendu, vu le talent du réalisateur, certains plan-séquences sont époustouflants et ne feraient presque pas regretter ce voyage au long cours. Mais non, pas possible, pas avec cette soi-disant exigence que l'on peut éventuellement appeler suffisance, aussi. Après, chacun a sa propre conception du "bon cinéma" et préférer Tarkovski à Wilder, ou l'inverse, ou encore goûter les deux à égale ferveur. Tant mieux si Resurrection plait autant à certains, pour les autres ce ne sont pas les films passionnants qui manquent, ces temps-ci, de La Condition à L'agent secret, en passant par le délicieusement équivoque Reedland.