(... N'en déplaise à Netflix.)
Resurrection, de Bi Gan, est autant un film sur le cinéma (ses genres ou ses techniques,... chaque segment rappellerait un mouvement ou un élément, décor, magie, suspense, musique, mouvement, temps) que sur l'humanité (les sentiments, les émotions, les cinq sens... chaque époque en représenterait un). Un peu Chinois (on sent le poids de l'héritage de l'opium, de la dictature, de l'utopie), Resurrection est avant tout sur l'homme et le temps. On pourrait aussi dire que c'est l'histoire d'un rêve qui court avant l'arrivée de l'aube. Une plongée dans l'inconscient et la rêverie d'un homme, d'une femme, de l'espèce humaine au cours du 20eme siècle.
Un homme qui rêve, dissident, se retrouve dans cinq époques différentes. Voilà le pitch, paradoxalement concis par rapport au film qu'il introduit.
Ces époques ne sont pas uniquement historiques, elles sont aussi sensorielles, cinématographiques, et visuellement construites comme des tableaux. Resurrection fascine par ses plans virtuoses et sa mise en scène. La narration, elle, est très dense, presque inégale, découpé et assez imperméable, sans forcément de liens directs entre ces scènes, mais pourtant assez accessible.
Le réalisateur chinois crie son amour et sa fascination pour le Cinéma, lui rend hommage autant qu'il le met à l'honneur, lui donne ses lettres de noblesse et sa poésie. Derrière la virtuosité se cache une modestie très sincère, qui titille plus les sensations que l'intellect.
Le dernier segment, qui se passe entre 1999 et 2000, filmé en un plan séquence magistral, bouleverse. On ne comprend pas, mais on ressent. Un grand hymne au septième art, qu'il faut voir plusieurs fois pour en savourer tous les charmes. Il faut se laisser prendre, et si les cinq chapitres ne nous émeuvent pas à égalité, en fonction de nos sensibilités, au moins un, avec certitude, fascinera ses publics qui se dira que quand-même, c'est puissant, le cinéma sur grand écran.