Davantage que les petites péripéties de leur existence d'escrocs, c'est la nature des personnages que composent Michel Serrault et Isabelle Huppert qui intrigue. Sur un scénario passe-partout, c'est-à-dire ni très surprenant, ni très dense -ce qui fait de ce cru chabrolien un film estimable et mineur- se dessine le portrait d'un couple insolite et léger.
Victor et Betty dépouillent leurs victimes trop naïves avec méthode mais pas sans une relative courtoisie. Après avoir plumé sans trop de difficulté un cadre en goguette, le duo prétend, cette fois-ci, escamoter l'argent d'un groupe mafieux.
Toute la difficulté du rôle d'Huppert et de Serrault provient de n'être pas caricatural ou, a contrario, trop terne. Il émane de leurs personnages une discrète ironie, une complicité ambigüe -dont on ne sait si elle est filiale ou celle d'anciens amants- et un parfum de parodie qui entrainent Chabrol vers un dénouement savoureux, entre humour noir et numéro d'acteurs loufoque. Le plaisir de jouer des comédiens (les deux principaux comme les autres) rejoint le plaisir de Chabrol à les regarder et à mettre en scène, sans autre arrière-pensée, de simples personnages de comédie.