Après avoir découvert Le Procès Goldman au début du mois, j'ai eu envie de regarder un autre film de Cédric Kahn… et vu qu'on les trouve difficilement, en physique ou non, légalement ou pas, j'ai décidé de porter mon regard sur Roberto Succo. Au passage, je note que c'est le deuxième film de Cédric Kahn que je regarde, mais aussi son deuxième film dans lequel le sujet principal est une personnalité ayant eu droit à son épisode de Faites entrer l'accusé, je note juste un certain pattern.
On pourrait croire que cela m'a permis de jauger l'évolution du réalisateur, mais il n'en est rien : Roberto Succo et Le Procès Goldman sont deux films totalement différents, ne traitant pas leur personnage principal de la même manière, ne prenant pas place dans les mêmes lieux, qui n'ont donc, eux aussi, pas été traités de la même façon. En effet, l'image de Roberto Succo (et le film en règle général) est très froide, volontairement sans génie afin d'éviter tout apitoiement ou iconisation de son sujet. Et c'est justement l'un des problèmes du film, en adoptant une réalisation très froide, quasi-documentaire, le film oublierait presque d'en être un, ce qui fait que j'aurais tendance à davantage rapprocher Roberto Succo du téléfilm (ce qu'il n'est pas), voir du documentaire (ce qu'il n'est pas censé être non plus), que d'un véritable long-métrage. Certes, le réalisateur à éviter du piège d'iconiser son sujet, le rendant même plus pathétique qu'autre chose, mais est-ce une raison suffisante pour recommander Roberto Succo selon moi ? Pas vraiment non.
Autre malheureux défaut, entre la prise de son, décevante, et l'accent italien, très (trop) prononcé, de Stefano Cassetti, j'ai eu beaucoup de mal à suivre certains dialogues (et en plus, ma version ne disposait pas de sous-titres). C'est d'autant plus décevant qu'outre le fait que Cassetti soit convaincant, que l'une des plus grosses qualités du Procès Goldman étaient ses dialogues. Enfin, toujours côté son, si l'absence de musiques extradiégétique renforce le côté documentaire, la présence d'une composition aurait pu rendre le film plus anxiogène, à la manière de L'Adversaire de Nicole Garcia tient, orchestrée par Angelo Badalamenti… film, lui aussi, très froid, centré sur une affaire criminelle, et que j'aurais plus tendance à recommander qu'un Roberto Succo.
En somme, en évitant de tomber dans les pièges inhérents à ce genre de production, Cédric Kahn a oublié de réaliser un film. On ne passera pas un mauvais moment devant, mais on gardera en mémoire Roberto Succo davantage pour ce qu'il nous apprend sur la véritable affaire que pour le film qu'il y a derrière.