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Rollerbeauf.
McT ayant déjà tâté du remake (l'excellent Thomas Crown en 1999), il décide de s'attaquer au mythique Rollerball de Norman Jewison. Malgré l'excellence -aux dires de ceux qui l'ont lu- de la première...
le 28 févr. 2017
Dans son second remake d'un film de Norman Jewison après le très sympathique L'affaire Thomas Crown (un film imparfait mais hautement ludique et assez sympa), Mc Tiernan et ses producteurs plantent son Rollerball version 2002, et tombent dans tous les pièges que l'on espérait voir évités : "jeunisation" à outrance avec bande son pleine de groupes qui font du bruit (période pré-ado Fun Radio), scénario crétin et anémique, matches de rollerball bordéliques et mal montés sans le quart de la puissance de ceux du film original, d'ailleurs qualifiés de "mous" par un journaliste mutin. Le réalisateur, ou ses monteurs, puisque le film ne lui appartient pas vraiment à 100%, vise(nt) l'éfficacité façon MTV ou ESPN, chaîne sportive US dans le style abrutisssant/Michael Bay, pour nous donner au final un méli-mélo visuel nageant dans les tristes eaux d'un Eurosport : cheap, moche, brouillon.
Apparemment déterminé à flinguer sa carrière, Mc Tiernan part en roue libre totale : les matches de rollerball ne l'intéressent pas (le sport brutal et symbolique devient une bouffonnerie jeunisante sans nom), ses personnages non plus (ils sont d'une connerie peu commune, à croire qu'ils ont été improvisés sur le tournage), et feu Mr Film d'Action (Piège de cristal, Predator, Une journée en enfer, Last action hero, quelle putain de filmo!) se regarde filmer, fait mumuse avec ses joujoux comme cette scène hideuse filmée en infrarouge d'une inutilité peu commune. Encore plus crispant quand feu le grand Mc T retrouve le temps de quelque plans sa fulgurance passée - voir cette image très belle du héros qui part seul, filmé de dos. Une larme de cristal dans un océan de merde.
N'évoquons même pas le "message" totalement indigent et balbutiant sur les dangers de l'image (dans le genre De Palma a déjà tout dit avec son pourtant pas terrible Snake Eyes), les sportifs sur-payés, et autres poncifs digne d'une émission de débat sur TF1, comme ces vilaine publicités qui morcèlent le film et les matches et qui nous font penser à un très mauvais Verhoeven. Sans le regard satirique ni une once du recul qui fait le génie des films du hollandais.
Pire, le propos du premier film (l'original, de 1975) est totalement nié, annihilé, broyé, au profit d'un spectacle abrutissant qui arrive franchement avec 15 ans de retard dans la dénonciation du sport spectacle et de la domination du fric. Jonathan E, joueur anonyme (c'est à dire nous), devient Johanthan Cross, star fédératrice et tête à claques, dont le coup de rage final fait verser le film, comme s'il en était besoin, dans le grotesque total, quand le méchant meurt salement pour mieux satisfaire un public de boeufs. Où comment le film se mord superbement la queue, pour tomber pile poil dans le travers évité (et dénoncé) par le film de 1975, et faire de nous ces ruminants que Jewison fustigeait à l'époque. Chapeau.
Une négation totale du propos original qui atteint son sommet quand les spectateurs se révoltent contre un rollerball devenu trop sanglant et pourri par le fric. Tout l'inverse de l'ancêtre dans lequel, précisément, la foule se compressait dans les gradins pour mieux se shooter à l'hémoglobine, laissant la violence déborder dans le public.Ce Rollerball 2002 lui oppose une vision bête d'un monde "juste", où les méchants sont punis à la fin. Du point vengeur de James Caan tendu vers le ciel, final nihiliste du film original, nous passons à la bonne grosse loi du talion bien bourrine, à la ricaine. Imaginez Caan sautant dans les gradins pour coller sa balle métallique dans la tronche de John Houseman - bonjour la gueule de bois !
Evidemment, certains se sont empressés de prendre le contrepied de la critique, et de voir dans ce fracas nauséabond une nouvelle tentative, à la Die Hard 3, de déconstruction/reconstruction du cinéma d'action par l'un de ses maîtres. Ou, comment jouer la carte du snobisme absolu, "mais vous n'avez rien compris, ce film n'est pas nul, il est en avance sur son temps". Désolé, mais non. Non, ce Rollerball n'est pas un chef-d'oeuvre filmique abstrait, une leçon de mise en scène déconstruite, ni un pamphlet visionnaire incompris. Tel quel, c'est un film de studio pathétique, un "film de djeunz" de plus, orchestration bordélique et sans goût de plans bourrins et sans signification. Le tout encroûté dans un scénar cadavérique qui passe totalement à côté du sujet, et n'a décidément pas compris une demi second de quoi parlait le film dont il s'inspire.
Bruyant, bordélique, raccoleur - en un mot, navrant. Nous sommes devenus malgré nous les spectateurs décrits dans le film de Jewison..
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Créée
le 31 juil. 2010
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