Avec Rome, ville ouverte, Roberto Rossellini ouvre une brèche immense dans l’histoire du cinéma. Tourné dans une Italie encore marquée par la guerre, le film abandonne le confort du studio pour confronter directement le cinéma à la réalité des ruines, de la peur et de la résistance.

Le récit suit plusieurs personnages liés à la lutte contre l’occupation nazie dans une Rome épuisée par la guerre. Mais ce qui frappe immédiatement, c’est l’impression de vérité qui traverse chaque scène. Rossellini filme les rues, les appartements pauvres, les visages fatigués avec une urgence presque documentaire.

Anna Magnani apporte au film une puissance émotionnelle exceptionnelle. Son personnage incarne à lui seul toute l’énergie vitale, la colère et le désespoir d’une population prise dans la violence de l’Histoire.

Le film refuse toute héroïsation simpliste. La résistance apparaît comme quelque chose de fragile, humain, traversé par la peur autant que par le courage.

Visuellement, l’œuvre conserve une rugosité qui fait toute sa force. Le noir et blanc granuleux, les décors réels, l’impression d’improvisation donnent au film une intensité immédiate, presque physique.

Mais Rossellini ne se limite jamais au réalisme brut. Derrière la chronique historique se dessine aussi une réflexion morale et spirituelle sur la dignité humaine face à la barbarie.

Certaines transitions ou tonalités peuvent sembler abruptes, tant le film oscille entre mélodrame, chronique sociale et tragédie politique. Pourtant, cette hétérogénéité participe aussi à son authenticité.

Rome, ville ouverte est une œuvre fondatrice et profondément bouleversante. Un film qui ne raconte pas simplement la guerre : il donne l’impression d’avoir été tourné au milieu même de ses blessures encore ouvertes.

acalvi06
9
Écrit par

Créée

le 17 mai 2026

Critique lue 3 fois

acalvi06

Écrit par

Critique lue 3 fois

D'autres avis sur Rome, ville ouverte

Rome, ville ouverte

Rome, ville ouverte

8

Julien4041

41 critiques

Critique de Rome ville ouverte ( Roma città aperta)

Ce film sorti en 1945 et réalisé par Roberto Rossellini que certains considèrent à juste titre comme le premier néoréaliste d’Italie est un film que je qualifierai de documentaire poignant qui...

le 27 déc. 2017

Rome, ville ouverte

Rome, ville ouverte

9

Aurea

540 critiques

Résistants de l'ombre

Titre évocateur pour ce très beau film de 1945 en noir et blanc, particulièrement représentatif du courant néoréaliste . A Rome c'est la fin de l'occupation nazie et la Gestapo recherche un des chefs...

le 15 sept. 2011

Rome, ville ouverte

Rome, ville ouverte

8

pphf

305 critiques

J'écris ton nom, liberté

Rome ville ouverte est considéré comme une date clé – le point de départ d’une conception renouvelée du cinéma, avec l’émergence du Néo-réalisme italien. Le film ne se laisse pas facilement...

le 12 sept. 2014

Du même critique

The Apprentice

The Apprentice

3

acalvi06

444 critiques

Un film tiède pour une figure brûlante

Avec The Apprentice, Ali Abbasi s’attaque à un sujet brûlant et volontiers polémique — l’ascension d’un jeune Donald Trump — mais son film, au lieu de proposer une véritable lecture ou une mise à nu...

le 25 mai 2025

L'Attachement

L'Attachement

5

acalvi06

444 critiques

Une délicatesse qui confine à la tiédeur

Un point de départ fort mais prévisible :Carine Tardieu s’empare d’un sujet classique du cinéma contemporain : la recomposition affective après une perte. L’histoire du veuf dépassé, de la voisine...

le 10 oct. 2025

Kaamelott - Premier Volet

Kaamelott - Premier Volet

1

acalvi06

444 critiques

Quand la table ronde tourne en rond

Après des années de série culte, Alexandre Astier signe avec Kaamelott – Premier Volet une transposition catastrophique à l’écran. Le film peine à justifier son existence en tant que long-métrage :...

le 27 avr. 2025