8
1448 critiques
Mémoire d'été
Il y a quelque chose de très simple et de très beau dans Romería, un film qui n’essaie jamais de forcer l’émotion mais la laisse venir naturellement.La caméra de Carla Simón accompagne plus qu’elle...
le 13 avr. 2026
Avec Romería, la réalisatrice Carla Simón peint le souvenir absent. Elle nous un certain rôle du cinéma, celui de mettre en image la couleur et les sensations de nos écrits pour en révéler un passé hypothétique ou rêvé.
« Pour écrire le scénario, il m’a d’abord fallu […] me retrouver dans des décors où je savais être passée mais qui n’en avaient pas laissé de traces. » Carla Simón (propos cités depuis l'article de Laura Pertuy sur Trois Couleurs).
En vue de l'obtention d'une bourse, le personnage principal Marina doit demander à sa famille biologique un document d'état civil établissant la parentalité avec ses parents. C'est en partant sur cette idée simple que la réalisatrice plonge (littéralement) son héroïne dans le bain des souvenirs de ses parents, absents physiquement depuis leur mort pendant l'enfance de Marina, et pourtant bien présents à travers le carnet de vie laissé par sa mère et les traces qu'ils ont laissé dans les souvenirs de ceux qui les ont connus.
La réalisatrice multiplie alors les scènes dans lesquelles les évocations du passé et l’imagination de Marina se mêlent. Faisant corps avec les mots et l’apparence de sa propre mère, la jeune femme opère un retour dans le passé primitif, celui-là même de la naissance. L’imagerie aquatique des îles de Cies et quelques sublimes plans de plongée dans les eaux claires des lieux évoquent le bébé dans le ventre de sa mère. La touchante Llùcia Garcia incarne à merveille ce dédoublement, oscillant entre la timide et sage Marina et sa propre mère, plus sauvage et aventurière (ses racines primitives).
Isolée dans le cadre dans une scène de dîner familial dans lequel elle ne trouve pas sa place, elle devient alors fantomatique ou un être dialoguant avec les fantômes de son passé. La présence imaginaire des parents se manifeste dans les sons et les sensations.
Dans une scène d’une douceur chargée de non-dits, un léger vent marin caresse les cheveux de Marina et fait raisonner le carillon à vent suspendu à un arbre qu’elle observe. Elle se trouve filmée en pied dans un des lieux dans lequel ses parents ont été pris en photo, s'incarnant alors dans leur histoire.
Peut-être quelque voix maternelle susurre à l’oreille de la jeune femme les mots du carnet.
Le tour de force du film intervient dans sa dernière partie. Dans une sorte d’échappée du monde réel, la jeune femme grimpe à une improbable échelle le long du bâtiment habité autrefois par ses parents. Marina devient sa mère, ou plutôt, elle devient ce qu’elle imaginait de la vie de sa mère. Ses escapades amoureuses avec son partenaire à l’écran (Mitch Martín) rejouent la rencontre avec son père.
Certaines scènes se font alors le miroir d’autres observées plus tôt dans le film. L’eau claire caresse les corps nus de nos jeunes amoureux qui reflètent les rayons mordorés du soleil, la fumée des clopes et de la drogue chargent l’air de chimères dansantes. La raison se tait et seule la vie persiste. Alors, la honte parcourant le film mais surtout la famille de Marina s'oublie dans l'authenticité du rêve. Voilà peut-être ce qu’il y a de plus beau dans Romería.
Soyeuse algue iodée sur ma jambe
Comme l’eau, sa caresse salée flambe
Lointaine étendue indigo m’enivre
Dans son linceul mon passé je vais revivre.
Cet utilisateur l'a également mis dans ses coups de cœur et l'a ajouté à sa liste Vus en 2026
Créée
le 27 avr. 2026
Critique lue 5 fois
8
1448 critiques
Il y a quelque chose de très simple et de très beau dans Romería, un film qui n’essaie jamais de forcer l’émotion mais la laisse venir naturellement.La caméra de Carla Simón accompagne plus qu’elle...
le 13 avr. 2026
6
8267 critiques
C’est un retour à ses origines, mais aussi en mer inconnue, qu’expérimente la jeune héroïne de Romería, en passant de la Méditerranée à l’Atlantique, de la Catalogne à la Galice. La réalisatrice...
le 4 oct. 2025
8
1374 critiques
Carla Simón a 39 ans et voici son troisième film ! Comme souvent , cette cinéaste puise dans sa vie pour alimenter son scénario et sa mise en scène.Ici , l’ambiance visuelle et sonore revêt les...
le 14 avr. 2026
4
20 critiques
J'ai entendu quelques mots sur le succès colossal en Chine de la suite de ce film. À l'heure où j'écris ces lignes, le rouleau compresseur Ne Zha 2 n'est pas encore sorti en France. J'étais néanmoins...
le 2 avr. 2025
8
20 critiques
Expérience d'amour véritable et rêve éveillé, Alterlove est un petit film qui ne paye pas de mine au premier regard, à la forme simple, mais qui se révèle plus intéressant qu'il n'y paraît. Nous...
le 26 avr. 2025
7
20 critiques
These New Puritans aura mis du temps avant de sortir son petit dernier et en tant qu'amoureux de leur musique depuis plus de dix ans maintenant, autant dire que je l'ai attendu avec impatience. À...
le 23 mai 2025
SensCritique dans votre poche.
Téléchargez l’app SensCritique.
Explorez. Vibrez. Partagez.



À proposNotre application mobile Notre extensionAideNous contacterEmploiL'éditoCGUAmazonSOTA
© 2026 SensCritique
Thème