Sorti fin 2015, mais seulement en Mars 2016 en France (merci les distributeurs ! ), Room raconte l’histoire d’une mère et de son fils, Jack. Ma, comme son fils l’appelle, a été enlevée quand elle avait 17 ans et retenue depuis dans une unique pièce, seul endroit que Jack ait jamais connu : The room.
Room était l’une de mes plus grosses attentes de début 2016 tant on y louait la performance des acteurs, attente encore renforcée fin février avec l’Oscar de la meilleure actrice décerné à Brie Larson, déjà éblouissante dans l’extraordinaire States of Grace, injustement boudé des récompenses quelques années en arrière. L’actrice, qui livre ici une belle performance, a entièrement mérité son prix, mais elle serait presque éclipsée par la performance stratosphérique de son partenaire à l’écran, Jacob Tremblay, qui, à 9 ans ( ! ) réalise une prestation qui aurait mérité elle aussi un oscar du meilleur acteur dans un second rôle ! Il est absolument ahurissant d’assurance, de talent et de maturité.
Room, c’est aussi un scénario bourré d’inventivité (alors qu’on l’aurait pu croire répétitif), où tout est très bien pensé. Des mensonges inventés par Ma lorsque Jack était enfant, aux réactions millimétrées de celui-ci aux révélations de sa mère, tout est parfaitement maîtrisé dans ce bijou d’écriture.
On retiendra également Room pour les réflexions d’ordre quasi-philosophique que le film suscite : l’expérience de pensée, bien qu’ici volontairement nuancée par la présence dans la Room d’une télévision, et qui consiste à imaginer ce que seraient les normes d’une personne coupée toute sa vie de la société, est une chose relativement peu abordée dans le cinéma, même si l’idée, ancienne (par exemple dans L’enfant sauvage de François Truffaut en 1970) avait été brillamment traitée par le réalisateur grec Yorgos Lanthimos dans Canine en 2009. Le film interroge aussi sur la recherche de soi, la nécessaire présence de la mémoire, de racines dans la construction des êtres humains. Il y a dans Room quelque chose de presque Camusien : il faut imaginer Jack et Ma heureux.