Rose, question du genre ou scène de Genre 

Rose est un film sombre, dramatique, en noir et blanc, très soigné, réalisé par Markus Schleinzer, sorte de patchwork plutôt réussi de différents chefs d’oeuvre. Inscrivant son personnage mi-homme , mi-femme, dans une action qui se déroule au lendemain de la guerre de Trente Ans, on suppose dans les années 1648, le réalisateur ouvre son opus sur un long plan séquence d’une vue de paysage ravagé, qui peut rappeler les dramatiques photographies de l’artiste contemporaine Sophie Ristelhueber. Interprété magistralement par Sandra Hüller, remportant ainsi l’Ours d’argent de la meilleure interprétation féminine à la Berlinale, le film est une sorte de retour de l’enfant prodigue après les affres de la guerre. L’image, tournée entièrement en numérique, est particulièrement soignée, Gerard Kerkletz est à la direction photographique, ayant déjà travaillé avec le réalisateur. Le chef opérateur joue sur les gammes riches monochromes, les nuances de gris, offrant un large éventail minutieux et lumineux dans la composition de chacun de ses plans. Une audace, un parti pris fort en 2026, de vouloir encore offrir au spectateur un film en noir et blanc dans notre monde saturé de couleurs criardes. Les scènes d’intérieur sont composées, comme des tableaux, à la manière des scènes de genre des frères Le Nain, pour la majeure partie, de baies vers l’extérieur et jouent avec les effets plastiques de mise en abime. Les plans venteux peuvent rappeler ceux du Cheval de Turin de Bela Tarr, l’histoire, dans sa globalité, peut faire le lien avec le superbe Godland de Hlynur Palmason, sorti en 2022 et les scènes des villageois peuvent nous évoquer La Source de Bergman. En réalité, cette oeuvre cinématographique est très riche visuellement en références artistiques. Un plan a retenu indubitablement mon attention : celui du soldat, Rose, « L’Original », coiffé de son chapeau haut de forme, tout de noir vêtu, affublé de sa tenue androgyne, entouré des hommes du village protestant dans lequel il aurait trouvé refuge, cette image dure quelques secondes, marquée par l’absence de paroles, accompagné cependant d’une bande son illustrée par des voix douces et féminines , voix qui seront leitmotiv sonore dans le film, avec un léger ralenti. Ce plan, avec ce procédé astucieux et singulier du traitement du son et de l’image, peut faire penser à la composition picturale du célèbre portrait de groupe Leçon d’anatomie du docteur Tulp de maître Rembrandt réalisé en 1632.  Enfin, la scène du procès, et de la répétition du procès, scène d’ailleurs incongrue et assez inquiétante, cite explicitement le chef d’œuvre La Passion de Jeanne d’Arc de Carl Theodor Dreyer de 1928, avec le recours à la même couronne d’osier que l’on trouve sur la tête de l’actrice Renée Falconetti et sur celle du soldat dans le dénouement du film de Schleinzer. Au delà des questions de genre ou d'identité qu’il pourrait soulever, ce film est avant tout, pour moi, une oeuvre dont la plasticité et l'enchainement des plans fonctionnent comme un tableau et remet en scène l’un des genres mineurs de la peinture pendant de nombreux siècles qui a connu l’insuccès. 

Marielaurevernet
9

Cet utilisateur l'a également mis dans ses coups de cœur.

Créée

il y a 1 jour

Critique lue 16 fois

Rose

Rose

8

kinophil

le 8 juil. 2026

Suivre

Critique de Rose par kinophil

Au cœur des troubles de la Guerre de Trente Ans (1618-1648) , un mystérieux étranger arrive dans un village protestant reculé d’Allemagne, sous une fausse identité, un faux nom et un faux genre. Rose...

Rose

Rose

6

Cinephile-doux

le 2 juil. 2026

Suivre

Le corps du délit

Depuis le terrifiant Michael (2011), le cinéaste autrichien Markus Schleinzer n'avait guère fait parler de lui. Le voici de retour au premier plan avec Rose, récit situé au XVIIe siècle, avec pour...

Rose

Rose

8

Pierre842

hier

Suivre

Critique de Rose par Pierre842

Un film en noir et blanc porter par l'excellente Sandra Hüller qui cache son identité dans une région d'Allemagne du XVII siècle.Le faire en noir et blanc était une bonne idée. Qui dans l'ambiance...

Lamb

Lamb

9

Marielaurevernet

le 9 janv. 2022

Suivre

LAMB « Agnus Dei » ou le romantisme noir du sacrifice

Une intrigue scénaristique conçue sobrement, classique du genre, autour de plans fixes se succédant, au format scope, plans panoramiques, contrastant avec le paysage imprégné de montagne, escarpé,...

La Zone d’intérêt

La Zone d’intérêt

10

Marielaurevernet

le 5 févr. 2024

Suivre

Les limbes aux marges de l’Enfer

Avant d’aller voir le Grand Prix de Cannes, j’ai lu nombreuses critiques. Il est vrai que j’attends sa diffusion depuis plusieurs mois, connaissant le travail artistique de Glazer, dont l’univers...

Barbie

Barbie

4

Marielaurevernet

le 18 sept. 2023

Suivre

Et Mattel créa la femme...

Difficile de résister face à l’engouement de mon entourage que suscite autour de moi le Blockbuster de l’été Barbie de Greta Gerwig. Me voilà installée dans la salle obscure magique pour vivre cette...