Au cœur des troubles de la Guerre de Trente Ans, un mystérieux étranger arrive dans un village protestant reculé d’Allemagne, sous une fausse identité, un faux nom et un faux genre. Rose (Sandra Hüller), qui se fait passer pour un homme, le visage défiguré par une cicatrice, revient de la guerre et s'installe, utilisant un document pour revendiquer une ferme abandonnée et délabrée.
Peu à peu, il/elle dissipe les doutes et, se révélant travailleur et pieux, s'intègre à la communauté, gagne le respect en reconstruisant la ferme et cultivant les champs. Mais lorsqu'un riche fermier voisin la presse d'épouser l'une de ses filles, sa véritable identité est menacée.
Schleinzer signe un drame historique d'une sobriété et d'une grande précision. Il s'attarde sur la pénibilité du travail agricole, et surtout, il expose avec force l'oppression des femmes dans cette société dominée par la religion et transmet avec émotion leur désir ardent de liberté et d'autonomie.
Rose expliquera qu'elle n'a jamais voulu être un homme, mais que, se sentant plus libre en pantalon, elle s'est déguisée en homme, et utilise ce travestissement comme un déguisement pour vivre en sécurité et avoir sa propre vie.
Le film est magnifiquement mis en scène dans un noir et blanc sublime et porté par une Sandra Hüller récompensée de l’ Ours d'argent de la meilleure interprétation, magistrale dans le rôle-titre. Ainsi du monologue poignant qu’elle livre pour défier les villageois lorsqu'ils tentent de remettre en question son genre.
Viendront à l’esprit des proximités filmiques de qualité : Le Retour de Martin Guerre, pour le thème de l’imposture et de l’usurpation d’identité de retour de campagnes soldatesques, et dans les scènes finales, la rigueur formelle rappelle celle de « La Passion de Jeanne d'Arc » de Carl Theodor Dreyer.