🎬 ROSE - Markus Schleinzer
Rose impressionne d’abord par sa beauté formelle. Un noir et blanc sublime, des cadres d’une précision remarquable : Markus Schleinzer compose de véritables tableaux. Une esthétique qui, associée à l’austérité du récit, à sa voix off et à la cruauté de certaines situations, rappelle régulièrement le cinéma de Lars von Trier, et notamment Dogville.
Une nouvelle fois impressionnante, Sandra Hüller habite Rose avec complexité, sans chercher à la rendre immédiatement aimable ni à expliquer son mystère. Son prix d’interprétation à Berlin paraît difficilement contestable.
Mais l’autre très belle surprise vient du personnage féminin qui lui fait face. D’abord reléguée à l’arrière-plan, présentée presque comme une jeune femme un peu simple qui subit les événements, elle gagne progressivement en épaisseur. Son regard change, ses choix deviennent moins prévisibles et ce qui pouvait sembler n’être qu’un personnage secondaire finit par ouvrir une autre perspective sur le récit.
Derrière sa reconstitution historique, Rose pose une question terriblement contemporaine : que faut-il que les femmes empruntent aux hommes pour avoir le droit d’exister comme leurs égales ? Au XVIIᵉ siècle, revêtir les habits et endosser l’identité d’un homme permet à Rose d’accéder à une autonomie, une reconnaissance sociale et une liberté qui lui étaient interdites. Quatre siècles plus tard, le constat résonne évidemment autrement, mais il n’a malheureusement rien perdu de sa pertinence.
Plus troublant encore, lorsque la communauté cherche à déterminer ce que Rose « est réellement », jusqu’à exiger qu’elle dévoile son appareil génital pour apporter la preuve de son sexe, difficile de ne pas penser aux violences et aux humiliations que peuvent encore subir aujourd’hui certaines personnes transgenres.
Sous les apparences du film historique se cache donc finalement une œuvre étonnamment moderne et queer, qui interroge la condition féminine, le genre, l’identité et la manière dont une société décide de la place que chacun est autorisé à occuper.
Un film âpre et exigeant mais dont la beauté des images et l'intelligence du propos emportent l'adhésion.
MA NOTE : 8/10
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