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Bon, vous l’aurez sans doute compris par mon titre sous forme de calembour peu inspiré : je trouve le livre de Stephen King excellent. Au-delà de ce constat, c’est surtout un de ces romans qui ont façonné mon imaginaire dystopique à l’adolescence.
Et c’est exactement pour cette raison que j’ai longtemps détesté Running Man avec Schwarzenegger. Mais ne me jetez pas des pierres tout de suite : j’ai fini par l’adopter. C’est un pur nanar eighties qui transpire tellement cette époque qu’il en devient un document témoin fascinant, une sorte de best of involontaire des années 80. Aujourd’hui, il a toute ma sympathie, même si j’ai dû passer par un vrai processus d’acceptation : ce film n’a de Running Man que le nom.
Du coup, l’annonce d’une adaptation plus fidèle au livre, réalisée par Edgar Wright, est tombée chez moi comme un éclair. L’excitation était réelle.
Et dès le premier plan, j’ai paniqué.
Je ne connaissais pas Glen Powell. Je ne savais pas non plus qu’un acteur pouvait grimacer autant… même quand la seule action à l’écran consiste à regarder par la fenêtre. Double mauvaise première impression donc. Et on n’a pas droit à une seconde chance.
Très vite, mon cerveau bouillonnait de questions. Mais pas celles qu’Edgar Wright aurait voulu que je me pose.
Je parlais des années 80 : ironiquement, Glen Powell m’y renvoie immédiatement. Pas par nostalgie, mais parce qu’il m’évoque ce jouet Mattel des Maîtres de l’Univers avec une tête rotative : on appuie sur un bouton et l’expression change instantanément. C’est exactement ça. Un visage en plastique qui bascule d’une grimace à l’autre, sans transition, et sans répit pour le spectateur. À la longue, c’est épuisant.
Je m’égare.
Il y a selon moi trois raisons majeures pour lesquelles cette adaptation ne fonctionne pas.
La première : Glen Powell.
La deuxième : Glen Powell.
La troisième, et la plus importante : la fin.
La conclusion kamikaze du livre est infiniment plus incarnée que celle du film. Elle accentue la résonance morale et politique du récit, lui conférant une profondeur bien plus sombre, presque nihiliste. Cette noirceur irrigue tout le roman. Elle en fait la force.
Or, chez Wright, cette dimension disparaît largement. Sa version ressemble davantage à un récit héroïque à l’américaine posé sur une dystopie de surface, dont on ne ressent jamais vraiment la menace. Le monde paraît dangereux en théorie, mais n’est jamais viscéralement inquiétant.
Et en parlant d’inquiétude, je commence sérieusement à m’inquiéter pour Edgar Wright.
Pour moi, Wright est un génie. Son sens du montage, du rythme et de la mise en scène est brillant.
Mais pas ici.
Aucun plan ne m’a marqué. Aucune idée de mise en scène ne m’a surpris. Aucun moment ne m’a rappelé pourquoi j’admire Wright. Tout m’a paru étonnamment plat, comme si le film avançait sur des rails tout propres.
Bref : c’est raté. Le film est une sorte de caricature grossière du bouquin, une version boursouflée et superficielle qui suit le récit de près sans jamais vraiment comprendre ce qui fait sa singularité.
Espérons que la prochaine adaptation sera la bonne.
Créée
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