Running Man
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Running Man

Film de Edgar Wright (2025)

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C’est assez triste dans le fond. Etre aussi cinéphile, citer autant de réalisateurs, mettre à l’honneur autant de plans (plus ou moins géniaux) chez les confrères dans la moindre interview pour finir par réaliser un film de merde comme ça. C’est à n’y rien comprendre. Car Running Man aurait tout aussi bien pu être réalisé par un Yes men de Disney, ou par un accroc au basic fit qui connait 15 films à tout péter (dont 5 expandables). Plus grave, Wright signe un remake pire que l’original qui était déjà bien raté.

Pourquoi tant de haine ? Il est sympa Wright ! il a fait la trilogie cornetto ! il a fait Baby driver un film à la B.O qui groovait vachement il y avait The clash dedans, pis c’est un type qui a une intégrité artistique il a refusé de faire Ant Man (ou il s’est fait virer c’est pas clair). Il n’empêche que ce Running Man a une qualité et de gros défauts

“Premier quart du XXIème siècle. La dictature s’est installée aux États-Unis. La télévision, arme suprême du nouveau pouvoir, règne sans partage sur le peuple. Une chaîne unique diffuse une émission de jeux suivie par des millions de fans : c’est « La Grande Traque ». Ben Richards, un homme qui n’a plus rien à perdre, décide de s’engager dans la compétition mortelle. Pendant trente jours il devra fuir les redoutables « chasseurs » lancés sur sa piste et activement aidés par une population encouragée à la délation. Tous les moyens sont bons pour éliminer Ben Richards”

Ben c’est Glen Powell, un mélange entre Franck Dubosc et Yoan Cabaye sous stéroïdes. Le résumé emprunté à la fiche senscritique est lacunaire. Permettez moi de le corriger.

Ben est au chomdu, lourdé de son taf de merde parce qu’il a sauvé un collègue d’une mort imminente (faute lourde dans le futur ! vous êtes prévenus), et se retrouve sans le sous. Pire que ça, il a hérité de l’appart de B.Willis dans le 5 élément, et sa femme est gogo branleuse dans un club minable. Pour couronner le tout, son bébé a de la fièvre, et le couple n’a plus un kopeck pour aller consulter le docteur.

Ben prend son courage à deux mains et décide de faire ce que toute personne sensée ferait à sa place dans une telle situation : aller s’inscrire au total Wipeout local pour gagner un peu de pognasse.

Il se rend donc au studio de télé en écoutant Underdog de Sly Stone (il est cool Wright ! il a bon goût puisque j’ai le disque à la maison !), et à la suite d’un concours de circonstances malheureux : porter secours à un vieil indien qui fait un malaise cardiaque dans une file d’attente (?!), résister aux matraques électriques des “cognes”, déchirer tout aux tests physiques du jeu de la prod, il est in fine inscrit “par erreur” à un jeu télé ultra violent.

Bon, dit comme ça on dirait le pitch des Malheurs d’Alfred, mais ça n’a rien à voir , je vous assure. Car Running man est une chasse à l’homme impitoyable, où des fuyards névropathes sont pourchassés par des tueurs professionnels psychotiques parfois cagoulés, parfois peroxydés mais toujours dénués de la moindre pitié. Ben accepte le défi parce que les consultations chez le toubib ne sont pas remboursées par la sécu du futur dystopique. Un futur où les réseaux sociaux n’existent pas au passage.

Et à bien y réfléchir, c’est la première fois que je vois un futur dystopique sensé être ultra anxiogène qui est à peine plus flippant que notre époque de merde actuelle. Au moins dans Running man, les gens se font tuer durant des prime time mais par des meurtriers professionnels. Je vous vois lever au moins sourcils, mais je vous assure qu'on peut presque parler d'artisanat, voir d'amour du travail bien fait, qui confèrent à l'assassinat télévisé toutes ses lettres de noblesse. Dans notre monde à nous ce sont des semi cailleras finies à la pisse qui torturent des débiles légers durant un nombre d’heure effrayant.

Edgar, sommes-nous vraiment en mesure de nous émouvoir de la vision du monde proposée par Running man ? Le roi des médias Dan Killian parait même plus équilibré que Donald Trump, c’est un salopard oui mais avec plus de classe.

Pour en revenir au film, ce sont les scènes d’action qui donnent un peu d'intérêt au visionnage, et c’est bien là le principal vous allez me dire. Mais dans le fond, c’est assez rare de nos jours de les foirer ces scènes, dans des films qui valent des millions de dollars. Ca arrive parfois, mais c’est rare. Alors, oui la caméra bouge bien, les scènes d’actions fonctionnent si on est pas trop regardant sur la vraisemblance (la fameuse scène de la serviette de bain, où notre héros pratique de la varappe sur une façade d’immeuble encerclé par la poli...euh les COGNES pardon, et y a des drones qui repèrent la chaleur corporelle à 2 kms, et des soldats partout et y en a pas un qui voit un bonhomme qui se balade le zeg à l’air sur la corniche, mais passons, je sais bien qu’il n’y a plus que moi que ça énerve les détails comme ça.)

Ce qui est plus rare donc, ce sont les films d’action avec des bons personnages. Le problème du film, étant à quel point les personnages et les situations ne constituent qu’un amas de clichés, régurgités film après film par des types qui espèrent faire des œuvres que l’on jugera subversives, tout en espérant dans le fond qu’elles seront le plus consensuelles et œcuméniques possible. Fléau qui s’abat notamment sur le genre comique dans son ensemble.

C’est un peu le Graal du moindre réalisateur actuel. Avoir le beurre et l’argent du beurre. Et on sent qu’Edgar aimerait bien recréer un peu l’effet qui a entouré la sortie du Joker 1 : créer un anti héro en colère et l’ériger en même temps en symbole de contestation populaire, en menace concrète contre les ultra riches et donc fascistes.

Or on rappelle que Ben est TOTALEMENT un héros de film, comme l’industrie nous en serre depuis des temps immémoriaux. C’est un saint Bernard bodybuildé qui ne rêve que de faire baisser la fièvre de son chiard, il ne trompe pas sa femme comme on lui propose de le faire avant de “courir”, il est sans aspérité et continue de se raser après 2 semaines de traque ! Sans consistance particulière donc, à l’exception de cette colère amusante qui l’assaille par moment, surtout quand il passe à la télé - son “Fuck you”, rappelle bien les films d’action bas du front des 90s avec Dolf Lundgren, dont Wright doit être friand.

Wright a une vision du monde de collégien, qui démontre qu’il n’a rien compris à la situation actuelle, ni même au film de Todd Philipps. Il nous sert une critique de la société absolument intenable puisqu’il vise indirectement les bas instincts de ce public qui regarde avec avidité des gens se faire massacrer, comme au cirque Romain, et loue dans le même temps l’esprit de rébellion de ces mêmes personnes et leur amour gaga pour Ben le rebelle qui brave cette dictature policière ... qu’ils aiment par ailleurs. Edgar ne voit pas la contraction. Tout est clair dans son esprit, on peut être rebelle et premier de la classe. Etre hors système, et l’incarner, être réalisateur subversif et faire des millions d’entrées.

Ben rencontre des gens sur son chemin, et ce sont bien évidemment des clichés de l’époque, et on sait à quoi s’attendre avec eux, rien qu’en les regardant : une famille de “racisés” forcément adjuvante, un blanc chrétien forcément traitre, un communiste side kick rigolo (appellation antinomique) qui a trop regardé Maman j’ai l’avion, et une bobo de la classe dominante endormie pour ne pas dire abrutie par les émissions de télé réalité qui lui empêchent de voir la vérité. Elle change d’avis en 4 minutes chrono en découvrant l’existence des deep fakes.

Après X fuites en avant, Ben se retrouve face à Mccone, le chef des chasseurs. Et cette fois, Edgar est allé du côté des jeux vidéos pour faire un clin d’œil, car le personnage incarné par Lee Pace est une vraie caricature de boss dans un Kojima.

Sans valeur ajoutée. La réf pour la réf, c’est le soucis du cinéma d’Edgar Wright, incapable de transcender ses influences, toujours dans la référence perpétuelle à Carpenter et surtout Verhoven. Des mecs avec du caractère, qui pouvaient rater des films mais jamais pour de mauvaises raisons. Et surtout qui ne se laissaient pas compter par les studios.

Wright fait des films en espérant que ses idoles indomptables apprécient ses clins d’œil appuyés, et aussi pour que les studios soient contents. Or les deux visées ne sont plus possibles. Comme Verhoven et Carpenter ne pourraient plus refaire au plan près les films que l’on aime tant. Wright roule pour les autres, ceux qui disent “attention, cette réplique est stigmatisante, ce personnage est problématique”, il a bien intégré l’auto censure, et tente de nous faire croire que son film est un brulot libertaire. Le culot du mec...

L’extrême prévisibilité de l’ensemble est autre point négatif de Running Man. Pour un type qui a vu des millions de films, et qui saurait prendre à contre pied les clichés de narration du genre, il n’en fait strictement rien. Peut-être est-il pieds et poings liés par les studios, peut-être aurait-il une sincère envie de proposer un film courageux, qui casserait les murs de références qu’il a bati au fil des années. Mais je n’en suis pas convaincu. Il semble juste heureux de faire illusion auprès de journalistes ciné habituels et de vivre du business tant que c’est possible. Comme beaucoup de faiseurs, cela dit.

Bref, fuyez.



Negreanu
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le 2 févr. 2026

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