Quand MTV feinte l'auto-critique dans un nanar de luxe, ça donne Running Man. Sorti en 1988, Running Man présente un futur proche totalitaire où le pouvoir s'exerce par l'abrutissement des masses et le bidonnage de l'information. « Du pain et des jeux » ré-actualisé, c'est une idée forte et jamais neuve, il y a les versions agressives, théoriques, puis les imitations par les industries du divertissement les plus dévoyées. Running Man est amusant au début, tant qu'on accepte d'y croire. Ce n'est plus possible sitôt que le jeu commence, c'est-à-dire dès que Schwarzenegger est jeté dans l'émission mortelle Running man, où des prisonniers peuvent retrouver la liberté s'ils parviennent à achever le spectacle en vie.
C'est nettement plus badass qu'Hunger Games et même d'une prodigieuse violence. Le mauvais goût atteint des cymes stratosphériques. Le film s'aligne sur les références les plus vertueuses de l'action-movie des années 1980, en ayant d'ailleurs l'acteur emblématique au garde-à-vous (Schwarzy). Le taux très élevé de testostérone rend l'affaire divertissante mais fondamentalement, Running Man ne sera qu'un gros show obscène, une conversion bariolée du génie des autres, que ce soit Terminator ou Network. Quand le film n'est plus qu'un Fort Boyard trash croisé Jackass, il a le mérite de balayer les poses critiques puériles et laconiques de la première partie.
Running Man est aussi critique qu'un thriller envers la criminalité ou un historien sur sa spécialité. Il instrumentalise ces festivités malsaines pour en tirer la sève dont jouissent ses spectateurs et organisateurs. L'abrutissement dans ce monde dystopique est si manifeste que Running Man dépasse le stade de contributeur ou de reflet, il est totalement partie prenante. Il s'en dédouane par sa démagogie, avec sa rebellitude de wannabee Carpenter et son euphorique révolte finale, où des grands-mère se la joue grande-gueule façon Kassovitz.
À son niveau de conceptualisation maximal, ce film nous montre la télévision en flagrant délit de mensonge, en lui faisant proférer des énormités, c'est-à-dire des trucs qui n'arriveront jamais dans votre réalité, aussi rassurez-vous ; de toutes façons, le public décérébré de l'émission Running man lui-même conserve in fine sa capacité à se soulever dès qu'on lui montre la vérité. Ce monde est plein de faux-semblants mais les illusions sont donc faciles à dégoupiller ! Cependant on touche une limite du film plus technique : il regorge d'incohérences et est totalement irréfléchi, bardé d'intuitions visuelles malines et incapable de dynamiser autrement les idées qu'il a pillées.
Total Recall corrigera le tir ; il sera aussi kitsch, la pertinence et une furie créatrice digne de Gilliam en plus, sans oublier le génie intrinsèque du réalisateur de Robocop. Running man n'est pas une escroquerie, il n'essaie jamais de postuler à un niveau plus haut que le sien, utilisant ouvertement une intelligence ne lui appartenant pas pour en faire ses béquilles théoriques. Il se contente de surfer là-dessus, tout comme son statut d'adaptation de Stephen King, pour travailler à en mettre plein la vue (ou la gueule) au spectateur. Il est primaire et haut-en-couleur comme promis dès les premières secondes.
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