Qu'est-ce qu'on peut bien avoir à raconter quand on n'habite pas sous les bombes russes ou qu'aucun terroriste ne vous dépèce ou que vous ne subissez pas les abus des vieux sales de votre famille ? C'est un peu l'écueil de ce film léger dans une époque terrible. Mais, en 2015, on ne connaissait pas notre bonheur... blague à part, voilà donc une petite histoire intime, dans un New York de carte postale, qui joue à fond la carte du cliché géographique et exploite deux grands acteurs qui peinent à incarner ce qu'ils ne seront peut-être jamais plus dans la vie : deux vieux normaux, dont la banalité n'a d'égale que la bonhommie. C'est vrai qu'ils sont sympas. Des tourtereaux septuagénaires ou presque, qui commencent à appréhender les cinq volées de marches pour rentrer chez eux. D'ailleurs, même leur petite chienne, Dorothy, tire une langue de 100 pieds de long une fois les escaliers avalés. Peut-être bien qu'il est temps de déménager. Voilà l'intrigue, difficile de goupiller des rebondissements haletants sur une trame aussi mince, même en tissant une sorte d'emballement médiatique simultané sur la cavale d'un prétendu terroriste. Mais bon, on suit sans déplaisir notre couple issu de la lutte pour les droits civiques à travers les rencontres que les visites de leur appartement puis de ceux d'autres vendeurs vont entraîner. Des gens normaux là encore, tous un peu barrés ou gentiment ridicules, avec leurs marottes soigneusement assumées puisqu'ils sont américains, voire encore mieux : newyorkais. Les scénaristes semblent s'amuser de ce bestiaire doucement extravagant et on vogue de négociation à la Wall Street à la visite à la Ally McBeal jusqu'à un dénouement qui n'en est pas un non plus. Après, il ne reste qu'à survivre à la chanson sirupeusissime du générique de fin, et on aura perdu une heure trente de vie à pas grand-chose. Au moins, on se sera reposé. L'attendrissement passager n'est pas une vertu cardinale en matière d'écriture de scénario. Surtout quand c'est pour déboucher sur une morale à deux sous, du genre carpe diem ou l'amour fait que la vie mérite d'être vécue. C'est pas faux, mais ça ne vaut pas une pluie d'Oscars.