Pablo Agüero regarde Saint-Exupéry comme un Icare soucieux de défier le soleil et dépasser la « porte du ciel », compose pour cela une forme emphatique, gonflée par des effets visuels très visibles et par la partition envahissante de Christophe Julien – qu’un enfant joue au piano suivant l’idée que la rendre intradiégétique suffirait à la légitimer –, augmentée de plans iconiques plaçant le personnage ou sa main au centre du cadre et jouant sur leur ombre face à la lumière. Ces partis pris, s’ils rendent l’ensemble spectaculaire, ont pour principaux effets de balayer les paysages de Patagonie et d’écraser les personnages et leurs enjeux sensibles qui se désintègrent au contact d’un épique à l’américaine : chaque scène se construit en acmé, ouverte sur une autre scène plus intense encore, et ainsi de suite. Par exemple, lorsque Saint-Exupéry prend la décision de partir à la recherche de son ami, ayant « déjà perdu un frère » et ne souhaitant pas « en perdre un autre », c’est aux sons tonitruants d’une musique trop grandiloquente pour capter la détresse émotionnelle censée ici s’exprimer.
L’amitié compétitive entre l’auteur et Henri Guillaumet, accentuée par des flashbacks lourdingues et inutiles, éclipse la figure féminine pâlement interprétée par Diane Kruger, qui ne dispose d’aucun espace de jeu véritable sinon celui du vecteur émotionnel inopérant car laissé au second plan, cantonné à une fonction d’utilité scénaristique. Le réalisateur argentin s’efforce de représenter la passion des deux hommes tel un ensorcellement, à l’instar de son œuvre précédente, Akelarre (2020), qui investissait le petit monde des sorcières au début du XVIIe siècle : une séquence de danse autour du feu avec divers instruments improvisés rappelle les incantations de cérémonies païennes, le « livre magique » de l’écrivain ressemble à un livre de sortilèges capable de ramener les morts à la vie…
Le souci, c’est qu’il néglige toute complexité, c’est-à-dire celle de ses personnages mais aussi celle de son récit : les hésitations, les incertitudes durent quelques secondes avant qu’un « euréka » ne résonne dans les abris aériens, synonyme d’innovations improbables qui s’appliquent à merveille. Une confusion s’observe entre efficacité épique et poésie de la montagne, le film ne trouvant jamais le ton juste pour saisir, en qualité d’« hommage » (cf. texte inaugural), son rêveur épris de liberté et d’amitié accomplissant ses voyages « la tête dans les étoiles ».