Il me semble que la banlieue offre un décor idéal pour le cinéma de genre. Non pas seulement pour les polars saturés de trafics et de règlements de comptes, mais aussi comme terreau fertile pour le fantastique et l’horreur. On l’a vu dans quelques tentatives marquantes, telles Vermine ou La Horde. Plus récemment, Salem de Jean-Baptiste Marlin s’impose comme une proposition singulière et convaincante.
Le film s’ouvre sur une romance qui rappelle l’ombre tragique de Roméo et Juliette : l’histoire d’un jeune Comorien et d’une Gitane, un amour interdit dont naîtra une petite fille. Mais l’idylle se heurte aussitôt au cadre âpre de la banlieue : drogue, loyautés fragiles, amitiés trahies. À ces éléments familiers, Marlin ajoute une dimension inattendue : le mysticisme. Son héros, ce jeune Comorien, est traversé de visions, doté d’un sixième sens incertain. De là surgissent des scènes étranges, suspendues entre le surnaturel et la poésie.
Salem n’est pas un film qui s’offre d’emblée. J’avoue ne pas y être entré immédiatement. Le choix d’acteurs non-professionnels, leur langage abrupt, parfois difficile à saisir, m’a d’abord dérouté. Mais cette rugosité participe d’une démarche claire : Marlin adopte une approche quasi documentaire, naturaliste, à la recherche d’une vérité brute. Peu à peu, ce qui semblait être des défauts se révèle une force. Et c’est ainsi que, porté par l’intensité de son récit, le film finit par fasciner.
On ne saurait en douter : Salem est une œuvre exigeante, déroutante, mais profondément intéressante.