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Dans Salve Maria, réalisé par Mar Coll, une écrivaine qui vient d’accoucher s’accroche à un fait divers survenu tout près : une mère a commis l’irréparable. Pas pour le sensationnel. Pour comprendre. Pour ne pas se noyer. Maria (Laura Weissmahr) ouvre un carnet et, au lieu d’une intrigue solide, trouve une faille. L’enquête devient roman, le roman devient miroir, le miroir — inquiétant — la regarde.
Le pitch est simple : une jeune mère écrit pour appréhender sa propre maternité, hantée par le crime d’une autre. Plus elle cherche “pourquoi elle a fait ça”, plus la question revient vers elle, retournée : et toi, jusqu’où peux-tu aller ? Le film épouse ce balancier : amour de l’enfant / peur de soi, tendresse / vertige, réalité / fiction.
Mar Coll filme à hauteur de fatigue : chambres trop calmes, gestes mécaniques, silences qui serrent. Pas d’effets. Plan fixe, respiration courte. La maternité ici n’est ni halo ni idole : un labyrinthe. On entend les mots avant de les lire, l’écriture comme seul outil pour ne pas glisser. Chaque note de Maria ressemble à une barrière fragile — et chaque phrase rature la précédente.
Laura Weissmahr ne psychologise pas, elle vacille. Regard qui tient, puis se dérobe. Corps présent, esprit ailleurs. Autour d’elle, Nico, Ana, silhouettes ou ancrages ? Peu importe : tout devient matériau, tout nourrit l’obsession. La mise en scène laisse affleurer un humour de frottement — minuscule — quand la banalité domestique percute l’ombre du fait divers : un biberon posé sur un carnet taché, un sourire qui sonne trop tard.
Le film ne moralise pas. Il observe. Il laisse flotter des peurs contemporaines (charge mentale, solitude, violence invisible) sans slogans ni diagnostics. L’écriture n’absout rien : elle déplace la faute, l’essore, la renvoie. On comprend le cœur du récit : Maria cherche la logique d’un geste monstrueux pour apprivoiser la possibilité qu’il la traverse, même à l’état d’ombre. Comprendre pour ne pas faire. Écrire pour ne pas devenir.
Et quand ça s’achève — ça ne se referme pas. On sort avec une phrase courte dans la tête : une mère, une page, un gouffre. Drame psychologique, oui. Pas les mères, surtout : les femmes qu’on dépose dans un rôle et qui, parfois, glissent. Salve Maria n’explique rien, il rend audible ce qui craque sous la berceuse.