« Lors de son mariage, Sandy Wexler chante devant une communauté de starlettes dont il est, ou fût, pour le meilleur et pour le pire, l’impresario. Les paroles de la chanson laissent entendre que rien ne vaut les puissances spectaculaires du faux, à condition que celles-ci soient neutralisées, c’est-à-dire rabattues sur le récit autonome et autoréférentiel du divertissement – un divertissement exsangue, qui n’aurait strictement aucun rapport avec quoi que ce soit qui le déborde. Les acteurs de ce récit n’ont de réalité que fictionnelle : chanteur, acteur, catcheur appartiennent à la même famille, celle des entertainers qui hantent un bois de houx imaginaire. La nuit se prolonge indéfiniment, peuplée d’étoiles – celles des stars qui, longtemps après que leur scintillement ait abandonné les écrans, continuent à briller dans les yeux d’un public conquis, diverti et rassuré. Au point que celui-ci n’était pas loin d’oublier ce qui l’inquiétait dans Sandy Wexler : que l’homme y apparaisse principalement comme un vide qui ne se donne une contenance qu’à raconter des histoires, à soi-même et aux autres. C’est que, vingt ans avant de se marier, vingt ans avant de pouvoir dire « moi », « ma femme » et, demain, « mes enfants », vingt ans avant de pouvoir se raconter des histoires, et donc construire le couple formé par l’ego (le sujet de l’histoire) et son monde (le milieu dans lequel se déroule l’histoire, les objets auxquels se rapporte le sujet de l’histoire), Sandy Wexler faisait profession d’écrire celles des autres : il jouait à l’impresario. »
Retrouvez l'article illustré, "Sandy Wexler : Le Gigantisme métafictionnel de l'Impresario", en libre accès, sur Le Rayon Vert – Revue de Cinéma en ligne