Sanju est un biopic de l’acteur Sanjay Dutt réalisé par Rajkumar Hirani et produit par Vidhu Vinod Chopra, la même équipe qui était, en 2003, à l’origine de Munna Bhai MBBS avec Sanjay Dutt en tête d’affiche. Le film sort en 2018, deux ans après la sortie de prison de la star pour possession illégale d'armes à feu.
Pour celles et ceux qui ne le connaissent pas, Sanjay Dutt est le fils de Nargis et Sunil Dutt, deux stars du cinéma bollywoodien, ils sont notamment à l’affiche de Mother India, et personnalités politiques. Il commence sa carrière avec le film Rocky, réalisé par son père. Il perd sa mère peu avant la première du film. Ses problèmes d’addiction lui valent d’être considéré comme le bad boy de bollywood. En 93, il est impliqué dans les attentats de Bombay, en 2007 la justice indienne le déclare innocent en ce qui concerne les accusations de terrorisme mais coupable pour celles de possesion illégale d’armes à feu, il est alors condamné à 6 ans de prison. Le film se concentre sur trois aspects de sa vie, sa relation avec son père, ses problèmes d’addiction et ses déboires judiciaires.
Les deux aspects les plus réussis du film sont les costumes et le maquillage, le biopic prend le parti d’une fidélité à outrance sur la forme, Ranbir Kapoor devient un véritable sosie de Sanjay Dutt dans un défilé de tenues iconiques de la star. Cette approche se retrouve aussi dans le jeu des acteurs, c’est une approche à laquelle je ne suis pas du tout sensible la trouvant plus proche de la mimique que du jeu, et seule Manisha Koirala arrive à créer un personnage fidèle à l’original et personnel à la fois.
La fidélité, malheureusement, s’arrête sur la forme et ne s'étend jamais au fond. On peut déjà questionner le bien fondé de faire un biopic sur une personne encore bien vivante, questionner également le fait que le film soit réalisé et produit par des gens proches de la star, et questionner la présence de Sanjay Dutt dans son propre biopic. Au final, il est clair que le film est un hommage plus qu’un biopic et son but est de redorer son blason à sa sortie de prison. C’est dommage car la vie de Sanjay Dutt et surtout ses déboires judiciaires mettent en lumière deux tendances de l’industrie, sa collusion avec le monde mafieux (au moins jusqu’aux années 2000 quand les banques pourront enfin investir dans la production de films) et sa collusion avec le monde politique. Au lieu d'approfondir ces aspects, le film passe son temps à rejeter la faute sur tout le monde sauf sur Sanjay dont la vie est transformé en un bonbon légèrement acidulé pour ne pas perdre toute crédibilité.
Au final, Sanjay Dutt aurait mérité un film posé et réfléchi et non une hagiographique sentimentaliste et sensationnaliste, mais, force est de reconnaître que l’opération marketing est réussie puisque ce film est l’un des gros succès au box office de 2018.