Sans pitié
6.4
Sans pitié

Film de Julien Hosmalin (2025)

Certains premiers films annoncent parfois clairement la naissance d’un talent derrière la caméra. Malgré ses imperfections propres à de nombreuses premières œuvres, le premier essai de Julien Hosmalin à la réalisation fait partie de ceux-là. Sur une de ces idées, lui et ses co-scénaristes ont imaginé et écrit un polar proche du western qui n’a rien à envier à la concurrence, américaine notamment. Mais c’est surtout au niveau de la mise en scène que « Sans pitié » interpelle. Dès le long prologue, on sent qu’Hosmalin a un univers en tête et qu’il le retranscrit dans son premier bébé. Photographie jaunie donnant un côté intemporel à ses décors d’usines désaffectées, de fête foraine d’un autre temps ou de zones péri-urbaines anonymes et sans âme ainsi que des cadrages précis, étudiés, judicieux et stylisés mais qui ne versent jamais dans la prétention ou dans le trop-plein démonstratif et ostentatoire. Voilà donc un long-métrage inaugural racé qui donne envie de connaître ce que son metteur en scène pourra nous réserver pour la suite de sa carrière.


« Sans pitié » fait le choix de ne pas donner d’indications spatio-temporelles précises. Tout juste sait-on que les séquences du passé sont à l’époque du franc ou que les lieux de l’action ne sont pas très loin d’un port marchand. Ces partis pris singuliers donnent à son film un côté intemporel et hors du temps appréciable. Le fait de faire de ses personnages des douaniers et des forains ajoute encore à l’originalité du projet et à sa réjouissante singularité. Les acteurs choisis sont en outre parfaits dans leurs rôles respectifs de ces deux frères: Adam Bessa incarne avec classe le benjamin taiseux, victime du passé rongée par la vengeance, tandis que Tewfik Jallab se glisse avec brio dans le rôle de l’ainé plus solaire et sanguin. Les seconds rôles, joués par des acteurs moins identifiables, sont tous aussi bien campés, même si leur caractérisation semble parfois inachevée, plus bâclée à l’écriture.


On est ici dans un pur film de vengeance. Le magnifique prologue pose les bases avec beaucoup d’habilité. Ensuite, le film accuse une toute petite baisse de rythme où la tension prend son temps avant de se remettre en place. Puis, le récit devient glauque, sauvage et sans concession. L’engrenage fatal proposé ici est implacable et digne des plus grands films du genre. Il y a une ambiance crépusculaire amplifiée par le côté tragique de l’histoire et la subtile et sublime mise en scène du réalisateur. Certaines zones d’ombre dans le récit sont à signaler tout de même, notamment dans les arrangements pas très clairs entre douaniers, dockers et forains mais cela n’a pas une importance capitale et ne dessert pas frontalement « Sans pitié ». À noter également, le choix judicieux d’une fin ambigüe dont on taira la teneur et qui nous laisse réfléchir sur la perpétuation de la vengeance et de la violence. Bref, une petite révélation et un suspense au cordeau mené sans temps mort qui augure du meilleur pour la suite.


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JorikVesperhaven
7

Créée

le 19 janv. 2026

Critique lue 34 fois

Rémy Fiers

Écrit par

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2

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