Sauvages utilise la stop motion et se fait lanceur d’alerte, ou plutôt contribue aux combats menés par les divers mouvements écologistes soucieux de mettre en garde notre monde contre la déforestation et ses conséquences. Dès lors, la force du film tient à cette rencontre entre une forme d’animation traditionnelle et un raccord aux origines de l’humanité par le biais de la forêt, espace où le corps s’égare pour mieux retrouver une spiritualité perdue : les rencontres successives jalonnent moins un récit d’apprentissage que de désapprentissage, tutoré par un animal totem qui échangera sa monstruosité apparente contre une bonté d’âme insoupçonnée. La fluidité de l’animation fait que les actions des protagonistes coulent de source, à l’instar de la cascade que connaît Kéria depuis l’enfance sans le savoir ; s’y greffe une expression, « il y a pas le feu au lac », qui perd son sens figuré au contact des incendies qui, au sens propre, consument les lacs et la nature tout entière. Nous reprocherons la lourdeur démonstrative de certains dialogues alors même que la beauté des décors, pleins de couleurs et de vie, suffisait à incarner la laideur des destructions.