Scarlet et l’éternité
5.7
Scarlet et l’éternité

Long-métrage d'animation de Mamoru Hosoda (2025)

Scarlet et l'éternité, le nouveau film de Mamoru Hosoda que je considère comme l'un des grands maîtres de l'animation japonaise ! C'est le Zack Snyder local quoi ! Le mec il est pas là pour faire du Miyazaki chiant à mourir, il est là pour en mettre plein la vue ! Dans ses films y a de la 3D, des comédies musicales, de la baston, des mondes virtuels, des loups-garous, et surtout de la baston ! Enfin, surtout dans son dernier film ! Son film précédent, Belle, était déjà une proposition très audacieuse, abordant des thématiques actuelles dans un film mêlant drame, action et science-fiction, 2D et 3D dans un univers impressionnant se voulant être une représentation visuelle d'Internet, à mes yeux une grande réussite et un film très innovant dans l'animation japonaise !


Scarlet et l'éternité met en scène Scarlet, une femme aux cheveux rose qu'on pourrait presque prendre pour Belle, mais ça se passe au Danemark médiéval ! On suit la jeune Scarlet qui vit heureuse avec son père, le roi Amleth. Mais Claudius, son oncle maléfique, désire s'emparer du trône. Ce dernier prépare alors le coup le plus génial, le plus beau scandale, il dit compromission, crie humiliation, et fait assassiner le Roi. Scarlet prépare alors sa vengeance pendant des années, mais se fait bêtement empoisonnée par ledit oncle. Arrivée dans le monde des morts, où tous les morts de toutes les époques sont réunis, Scarlet, accompagnée de Hijiri, un infirmier de notre époque, se lance alors dans sa seconde quête vengeresse et part retrouver ce petit con de Claudius pour le tuer une bonne fois pour toutes.


Je vais pas y aller par quatre chemins, Scarlet et l'éternité est un film moyen. Assez mal écrit, approximativement monté, techniquement inégal, mais excellentissime en termes de mise en scène et de design !


Le plus gros point noir du film, c'est la manière dont il fait passer son message. Le message du film est très simple : il faut faire la paix, pas la guerre. Un message très actuel et très présent dans les films de ces dernières années, et pour cause, les conflits mondiaux actuels angoissent le monde entier qui rêve donc de paix. C'est un message pertinent et sincère, mais malheureusement transmis de la pire des manières sans aucune subtilité. Pour faire court, le film nous gueule littéralement son message en continu du début à la fin, mais genre vraiment littéralement avec parfois de très longs monologues pour nous expliquer le message ! Chaque scène, chaque personnage, chaque dialogue, tout est au service du message au détriment de l'histoire qui en devient anecdotique. Message qui est dit par Amleth, le père de Scarlet, dans les premières minutes du film : Amleth est un roi pacifique qui fait la paix avec ses voisins, et il souhaite transmettre ces valeurs à sa fille, ce qui énerve son frère qui lui rêve de guerre et de conquêtes, et qui finit par assassiner le roi. Le message est donc explicitement dit très tôt dans le film, et il va être répété un très grand nombre de fois dans le film, ce qui va malheureusement gâcher les quelques scènes qui fonctionnent bien où ce fameux message n'est pas dit mais juste bien raconté. Ce moment où l'on suit le quotidien de voyageurs qui ont planté leur camp. Scarlet observe froidement leurs coutumes, leurs danses, leur nourriture, et en tire des leçons. L'une des rares scènes où Scarlet montre des signes d'humanité. La scène où Scarlet interroge les bourreaux de son père à propos de ses dernières paroles était également très intéressante car ça virait presque à l'enquête policière avec une énigme à résoudre, montrant que Scarlet ne pense plus qu'à tuer mais commence à réfléchir, malheureusement gâché par le message ! Ça fait tellement forcé la manière dont Scarlet cherche la signification des derniers mots de son père qui sont extrêmement explicites, et déjà en partie expliqués au début du film par le père lui-même ainsi que par Hijiri l'infirmier.

La scène de danse dans la ville était également intéressante. Enfin une scène qui raconte le message quasiment sans dialogue, sans symbolisme, juste de la danse et des décors. La scène en elle-même marche vraiment bien, mais elle est très mal intégrée au film. En plein moment tranquille, sans crier garde, Scarlet part dans un trip psychédélique mêlé au générique de Doctor Who saison 1 et assiste à cette scène de danse.

Ça résume bien le film : des scènes qui fonctionnent séparément mais pas très bien imbriquées ensemble. Et pour achever le tout, l'épilogue du film est insupportable ! Un long discours pour nous expliquer une dernière fois le message, alors que ça fait genre 1h50 que le film nous gueule le message dessus !


Pour ce qui est de l'histoire en elle-même y a quasiment rien à dire tellement elle est insignifiante par rapport à la place qu'occupe le message. C'est juste une histoire de vengeance Max Payne le Roi Lion extrêmement prévisible du début à la fin. Y a quasiment rien à en tirer. Y a quelques scènes qui ont beaucoup de potentiel mais qui sont peu développées. Encore une fois, j'ai adoré quand Scarlet cherche les bourreaux de son père pour les interroger, mais c'est une sous-intrigue peu exploitée.


Pour ce qui est des personnages, y a pas grand-chose non-plus à dire dessus. Ils sont monocordes. Scarlet est encore moins développée qu'Alice dans la saga Resident Evil, et je précise que j'adore ces films ! Elle est globalement concentrée que sur la violence et l'action et montre quelques moments d'humanité en compagnie d'autres personnages, mais ça va pas plus loin. Hijiri est l'exact opposé de Scarlet, un personnage fondamentalement gentil qui vient en aide à tout le monde, même les méchants. Il est légèrement attachant avec sa grande gentillesse, mais ça va pas plus loin non plus. Les personnages manquent globalement d'épaisseur. Y a vraiment une volonté de confronter Scarlet et Hijiri, la guerrière assoiffée de sang et le sage pacifique, mais c'est très superficiel. L'évolution de Scarlet semble très scriptée (et forcée par quelques trips hallucinogènes), et Hijiri n'évolue pas, ce qui n'est pas un problème en soit. Hijiri est un personnage catalyseur, il n'évolue pas mais fait évoluer les autres, mais ici, ce n'est pas très bien fait. Ses interactions avec Scarlet sont si forcées qu'on dirait juste que Scarlet évolue toute seule, rendant Hijiri quasiment inutile dans cette histoire. Par ailleurs, Hijiri a un moment fort où il tue pour la première fois, ce qui m'a fortement étonné, je me suis demandé si il n'allait pas virer et perdre foi en ses valeurs, donnant un retournement surprenant et une morale inattendue, mais non, ça n'a littéralement aucunes répercussions. Des fois je me demande si les scénaristes de Avatar 3 sont pas passés par là...

Je parle beaucoup de Scarlet et Hijiri parce qu'au niveau des personnages secondaires, y a rien à retenir. Les méchants sont très méchants, les gentils sont très gentils. Le seul personnage dont le manque de profondeur est justifiée est Claudius, l'oncle maléfique. En effet, lors du final, Claudius, même face au mur, ne se repentit pas et reste ignoble jusqu'au bout. Comme Scarlet, on meurt d'envie de lui arracher les yeux et de lui dérouler les intestins à mains nues, mais justement, c'est l'ultime épreuve que doit affronter Scarlet : ne pas céder à la violence face à l'être le plus mauvais qui soit, alors que Scarlet ne vit que pour la violence. Un final intéressant et fort, mais exécuté de manière moyenne avec des kilomètres de dialogues dont on aurait pu se passer.


Pour ce qui est de la technique, le film est très inégal. L'animation est très bonne et fait honneur aux superbes scènes de combat très bien chorégraphiées. Y a des décors plutôt beaux et détaillés, comme le château du roi, les paysages désertiques menaçants du monde des morts, des scènes de bataille à couper le souffle avec de la foule extrêmement bien faite pleine de personnages très différents et distinguables, je vous jure que même les plus gros studios d'animation ne font pas des foules aussi poussées ! Mais à côté y a des trucs dont je me remets pas. Des arrière-plans qui sont des photos avec un flou gaussien ou un filtre peinture à l'huile, des textures qu'il ne faut surtout pas regarder de trop près, des grosses simus Houdini placardées dans des environnements qui ne s'y prêtent pas toujours, des décors parfois éclairés de manière très flat, et une ville en 3D qui semble avoir été faite à la va-vite en fin de prod. Niveau chara design, c'est pas mal mais pas assez marquant non plus. Comme dit précédemment, Scarlet ressemble beaucoup à Belle et les autres personnages sont globalement assez génériques, et Claudius ressemble étrangement à l'antagoniste de la série The Dragon Prince. Par contre, il y a un passage où Scarlet vient en aide à une petite fille dans un marché, eh bien cette fille a à mon humble avis le meilleur design du film ! Dommage qu'elle n'ait que deux minutes de temps d'écran.


Niveau montage et rythme, globalement, on ne s'ennuie pas, mais y a parfois des grosses longueurs, souvent dues à la nécessité de forcer et de rallonger les interactions entre Scarlet et Hijiri, mais cela ne rends pas du tout l'évolution de Scarlet plus crédible, ça fait l'exact inverse. Cela donne juste l'impression que Scarlet met cinquante ans pour comprendre des choses évidentes, quoi que, la vengeance et la colère peuvent fortement nous aveugler donc ça peut se justifier, mais ça aurait quand même pu être bien mieux exécuté. À part ça, le montage est globalement efficace, sauf le tout début du film. Je ne comprends pas du tout la nécessité de commencer le film directement dans le monde des morts, en nous montrant d'abord la toute fin puis le milieu avec un montage ultrarapide et incompréhensible avant de vraiment commencer l'histoire dans le château. Ça donne juste l'impression d'avoir mis le trailer du film avant le film.


Bon, ça fait approximativement 15 minutes que je suis en train de descendre ce film de long en large comme si c'était le pire film que j'ai jamais vu. J'ai souhaité commencer par énumérer tout le négatif afin de finir par le positif, car je souhaite que vous qui lisez ceci, vous sortiez de cette critique en ayant le positif en tête, parce que du positif y en a, et pas qu'un peu ! Malgré tous les défauts que j'ai cités, je recommande tout de même ce film pour certains aspects qui sont extrêmement réussis, à commencer par la mise en scène !


La mise en scène de Scarlet et l'éternité est une véritable leçon de cinéma ! Malgré tous les défauts précédents, le film a quand même un sacré punch ! La gestion de la tension lorsque Scarlet tente d'assassiner Claudius, le silence pesant après la fête, son éclairage sombre... Les scènes d'action sont très impressionnantes, en particulier le combat à cheval, très lisible et bien monté malgré une caméra très dynamique qui semble aussi être à cheval. Sans parler de la fin lorsque Scarlet monte les escaliers, d'abord avec des plans de demi-ensemble longs et très aérés, mais par la suite, on a un plan-séquence en vision subjective qui fait un long travelling avant nous amenant au lieu du final. Cette scène capture très bien la magie et l'émerveillement de la découverte de ce lieu, ça me fait penser à la fin de Avalon! Malgré le fait que je désapprouve le début du film qui spoile le monde des morts et la fin, la présentation du monde des morts et le world building visuel marchent extrêmement bien ! Le monde des morts est étrange et menaçant parce qu'on ne sait pas grand-chose de lui, on en apprend juste sur le tas, en observant. Une démarche qui me fait penser au film Le Roi Cerf qui est une de mes plus grandes références cinématographiques pour une raison toute simple : ce film n'explique jamais son univers, il le montre. Ça me fait penser à mon élément préféré de Scarlet et l'éternité : le dragon !


Alors non c'est pas juste parce que c'est un dragon trop classe (bon si un peu quand même), mais parce qu'il est mis en scène de manière incroyable ! Je vous jure que j'avais jamais vu une créature aussi bien mise en scène depuis le T-Rex de Jurassic Park !

Déjà que son design est impressionnant avec son corps criblé d'épées, sa taille titanesque qui est très bien retranscrite avec le décor et les nuages qui donnent une idée de sa taille terrifiante. Sa première vraie apparition (en dehors de la scène d'ouverture nulle) est à couper le souffle ! Son apparition soudaine dans les nuages, son ombre gigantesque qui plane sur les personnages, jusqu'à son attaque de foudre qui frappe sans prévenir, et avec cette musique intense ! Ça faisait un moment que j'avais pas été scotché sur mon siège comme ça ! Et comme si ça ne suffisait pas, sa deuxième apparition est encore plus impressionnante ! Ce plan où on le voit si grand qu'il cache le soleil m'a profondément marqué ! Et sa disparition sous forme d'oiseaux est aussi saisissante que son arrivée !

Et vous savez ce qui rend ce dragon si menaçant en dehors de la mise en scène ? Le fait que l'on ne sache absolument rien sur lui. Il n'y a aucune explication sur son rôle dans ce monde et il n'est littéralement jamais mentionné par les personnages, mais c'est un choix assumé et ça marche parfaitement bien ! Peu de films osent faire ça ! C'est comme Les Oiseaux d'Alfred Hitcock, ça fait peur parce qu'on ne sait rien. Rien qu'avec ses deux apparitions et demie, on comprend ce que signifie ce dragon, et c'est effectivement confirmé par le titre du morceau où il apparaît : The Judge. Ce dragon est un juge qui régule le monde des morts en punissant les êtres les plus mauvais. Si le film ne se contente que de nous dire oralement son message, ce dragon-juge est le seul qui raconte vraiment une morale, sans aucun dialogue, lors de la scène finale : ne vous vengez pas de ceux qui vont ont blessé, car la vie s'en chargera. En d'autres termes, on récolte ce que l'on sème.


Un dernier aspect de la mise en scène que je salue fortement, c'est sa sémiologie, le fait d'évoquer des choses indirectement par des signes visuels. Une scène très forte dans ce domaine est la scène de bataille finale. Cette scène est absolument déprimante, pendant le visionnage je me suis demandé depuis quand Mamoru Hosoda était devenu aussi pessimiste. Dans cette bataille, ce ne sont pas des soldats qui s'entretuent, mais des civils. À un moment, on voit même des moines Bouddhistes qui font preuve d'une violence extrême, une image très perturbante. Le moment où la foule fait tomber la muraille est pour moi très métaphorique. Je pense que ces murailles représentent la civilisation, qui, sous la pression de la peur de mourir, s'effondre. Cette scène est un grand moment de cinéma.


Bref, Scarlet et l'éternité n'est peut-être pas le grand film qu'on pouvait attendre de Mamoru Hosoda, mais c'est loin d'être un film inintéressant. Le scénario est mal exécuté mais demeure ambitieux. On sent vraiment la volonté de faire un conte philosophique sur les travers de l'humanité et la guerre en montrant des images très pessimistes tout en encourageant le spectateur à ne pas perdre espoir et à suivre l'exemple de Hijiri. Arrêter de craindre la mort et savourer notre précieuse vie en faisant la paix. La mise en scène et l'univers du film sont vraiment impressionnants et valent largement le détour. Malgré tous ses défauts, je recommande chaudement ce film qui est une expérience intense, et surtout une proposition très différente de la part de son réalisateur.

GallyVegas
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le 6 avr. 2026

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