[Scream 4] Modernité de façade
Craven succombe au complexe de Frankenstein et ressuscite d'entre les morts sa licence la plus prolifique. La bête bouge, la bête vit, mais elle n'est pas pour autant de première fraîcheur.
Dynamiteur du genre survival (La colline a des yeux, Les griffes de la nuit...) devenu figure iconique pour toute une communauté, Wes Craven, 71 ans, remet ses skills en lice au crépuscule d'une décennie marquée par l'évolution de son genre de prédilection et son extrêmisation stylistique, du torture porn de Saw au réalisme feint de Rec. Fort de son aura, mais alourdi par un style aujourd'hui considéré comme académique, le réalisateur livre avec Scream 4 ce qu'on en attend : une suite tardive, digne héritière de son pedigree, efficace mais sans surprise.
Portrait d'une génération autant que slasher, auto-analyse complaisante d'un genre sur le déclin, décryptant ses codes comme un magicien aigri les tours de ses compères, la saga Scream aura développé une singularité à même de marquer les esprits. Scream 4 reprend à son compte les atours de ses aînés et esquisse à la sanguine les pourtours de la génération post-MTV qui, plus encore que la précédente en proie aux boogeymen de la première trilogie, aujourd'hui relégués aux rôle de Pygmalion (Campbell), de protecteur désabusé (Arquette) ou de figure décatie du laisser-aller (Cox), ne vit que pour et par la reconnaissance d'autrui.
Indigence de vies centrées sur le gossip, l'audimat pour seul moteur, le tout motivé et rendu possible par l'évolution technologique et son corollaire, les médias sociaux. Des thèmes que Craven ne manque pas de traiter avec ostentation, en usant de manière pratique comme de nouveaux ressorts pour les pièges auxquels succomberont des victimes aussi innocentes que nécessaires.
Hélas, si le propos se veut dans l'air du temps, et si les joutes entre Ghostface et ses proies gagnent en violence – marque de l'influence de l'escalade gore des dernières années – donnant droit à quelques scènes jubilatoires, Craven pâtit de la concurrence de la jeune garde de l'épouvante renvoyant son style, déjà mis à mal il y a dix ans par un certain Projet Blair Witch, à son placard à naphtaline.
Retour en fanfare d'une série culte déjà délayée plus que de raison, Scream 4 témoigne en négatif de l'évolution de son genre. Craven peine à se renouveler et ne surprend certainement plus, n'offrant de jouissif que quelques rares scènes de slash, et réduisant à néant l'aspect épouvante de son œuvre au profit d'un humour virant rapidement à l'autodérision. Aveu de faiblesse ?