Scream 7
4.5
Scream 7

Film de Kevin Williamson (2026)


- Allô ?
- Bonjour Sidney. Je t’ai manqué ?
- …
- Vous avez trouvé une jolie petite ville, toi et ta ravissante fille. Ça me rappelle l’endroit où on a grandi.
- Dis donc, tu en sais des choses sur moi, pour un type qui se cache derrière un - -modulateur de voix.
- Oh, je ne me cache pas, Sidney. Pas cette fois.


Avant Scream 7…


J’ai toujours été un grand fan de la licence Scream, en tant que renouveau du slasher initié en 1996 par Wes Craven ayant marqué durablement le genre. Le film a imposé un ton méta et une mécanique narrative qui ont largement influencé le cinéma d’horreur pendant des années. Même le retour de la franchise en 2022 avec Scream (pour ne pas dire Scream V), réalisé par Tyler Gillett et Matt Bettinelli-Olpin, avait réussi à me convaincre. Un pseudo-reboot nostalgique qui reprenait les codes de la saga tout en tentant de passer le relais à une nouvelle génération de personnages. Ce n’était clairement pas parfait, mais l’ensemble restait cohérent avec l’esprit de la franchise. Puis est arrivé en 2023 Scream VI, ma première véritable douche froide de toute la saga. Pour la première fois, je n’ai tout simplement pas aimé un film de cette franchise, et je n’ai pas cherché à me montrer conciliant avec elle, au point de me désintéresser de la saga. La seule satisfaction que j’en ai tirée est la figure emblématique de la franchise, Neve Campbell, qui n’était pas présente dans ce sixième opus. Ensuite est arrivée l’annonce de Scream 7, et la production a rapidement été secouée par plusieurs départs. Melissa Barrera a été écartée après des propos sur le conflit entre Israël et la Palestine, puis Jenna Ortega a quitté le projet pour d’autres raisons. Le duo de réalisateurs des deux films précédents s’est également retiré. Des changements qui ont ravivé grandement mon intérêt. La production a finalement confié le film à un nouveau réalisateur ayant un lien direct avec l’œuvre originale, et surtout, elle a annoncé le retour de Neve Campbell. Pour un fan de la première heure, c’était difficile de ne pas y voir un signe encourageant. Bien entendu, l’annonce du film a immédiatement déclenché la traditionnelle chasse aux sorcières. Entre les appels au boycott de Scream 7, les indignations morales en chaîne et les débats enflammés sur le conflit entre Israël et la Palestine, certains ont tenté de transformer la sortie d’un slasher en tribunal géopolitique. Comme souvent sur les réseaux, les grands gardiens autoproclamés de la vertu ont expliqué avec gravité pourquoi il fallait absolument ne pas voir ce film. Une indignation morale sélective n’ayant finalement pas grand-chose à voir avec le cinéma, et encore moins avec l’esprit de Scream. Bref, la routine. Le plus drôle là-dedans, c’est que le bashing n’a tout simplement servi à rien, puisque le film fait un carton au box-office. Comme quoi, malgré le bruit permanent des réseaux sociaux, les spectateurs continuent parfois de faire une chose étonnamment simple, en allant voir un film pour se faire leur propre avis. Reste maintenant l’essentiel, que vaut le film ?



…Après Scream 7


Réalisé et écrit par Kevin Williamson et le scénariste Guy Busick, d’après une histoire de James Vanderbilt et Guy Busick, Scream 7 propose une intention assez particulière. Sur le papier, la démarche rappelle celle du cinquième opus, c’est-à-dire opérer un retour aux sources et reconnecter la saga avec l’esprit du film original. Mais cette fois-ci, la différence est notable, puisque le film remet clairement Neve Campbell au centre du récit en tant que véritable personnage principal, et non plus comme simple figure tutélaire gravitant autour d’une nouvelle génération. Ce choix change profondément la dynamique. Là où Scream cherchait à installer toute une galerie de nouveaux héros, ce septième film préfère resserrer son récit autour de l’icône historique de la saga. L’idée consiste donc moins à remplacer Sidney Prescott qu’à la remettre au premier plan, tout en introduisant progressivement une possible relève à travers sa fille. Une approche bien plus cohérente avec l’héritage de la franchise. Et c’est précisément pour cette raison que, malgré certains loupés, ce film donne l’impression d’être le véritable cinquième opus que l’on aurait dû avoir en 2023. Il fonctionne beaucoup mieux comme pseudo-reboot nostalgique reprenant les codes fondamentaux de la saga, sans chercher à tout déconstruire ni à surenchérir artificiellement, quoique. Au lieu de courir après la modernité à tout prix, Kevin Williamson choisit finalement de revenir au cœur du mythe.



Mais au-delà de la simple nostalgie, le film réussit surtout à recentrer son intrigue sur la vie de Sidney, près de trente ans après son premier affrontement avec Ghostface dans Scream. Le récit adopte donc un prisme beaucoup plus personnel. On ne suit plus seulement une mécanique de slasher, mais le parcours d’une femme qui tente de vivre malgré un passé marqué par une série de massacres. Et c’est précisément à travers ce regard que le film introduit une idéologie assez étonnante dans le traitement de son antagoniste principal et dans le lien qui l’unit à Sidney, mais nous y reviendrons plus bas. Retrouver Neve Campbell dans ce rôle reste d’ailleurs un vrai plaisir. L’actrice incarne toujours une Sidney Prescott aussi solide que déterminée, même dans sa nouvelle vie de mère de famille. Le film joue habilement sur cette dualité, avec d’un côté les traumatismes du passé qui ne disparaissent jamais vraiment, et de l’autre la volonté de fer de protéger sa fille aînée, Tatum, interprétée par l’excellente Isabel May. Le choix de ce prénom n’est évidemment pas anodin, puisqu’il rend hommage à la meilleure amie de Sidney assassinée dans le premier film. Une bonne idée. Évidemment, cette paix familiale ne pouvait pas durer éternellement. La mécanique du slasher se remet donc rapidement en marche avec un nouveau Ghostface. Certes, la formule reste connue et parfois caricaturale, mais la magie opère malgré tout, du moins durant toute la première moitié du film. Le ton se révèle plus sombre et plus sérieux, renouant davantage avec l’atmosphère des deux premiers opus, qui privilégiaient la gravité accompagnée, quelques fois, d’une satire méta du cinéma, plutôt que d’un humour plus gras. La critique du genre reste présente, mais elle se montre moins envahissante, sans sombrer dans un fan-service outrancier. Cela tient aussi au fait que le récit suit une adulte comme personnage principal, et non une adolescente.



Malgré la formule connue, il faut d’ailleurs reconnaître que le scénario joue plusieurs fois avec les attentes du spectateur. Pendant un moment, on pourrait croire que l’intrigue s’apprête à ressusciter un antagoniste iconique du premier film, pourtant censé être mort (bordel, la mauvaise idée !). Mais le script a finalement l’intelligence d’utiliser cette piste comme un véritable traquenard narratif, et non comme un rouage facile et putaclic, notamment à travers l’utilisation moderne de l’intelligence artificielle. Après le téléphone fixe, le téléphone portable puis les réseaux sociaux dans les précédents films, la saga exploite désormais l’IA comme nouvel outil de manipulation pour piéger les victimes. L’idée est bien plus pertinente que certaines tentatives un peu maladroites vues dans les épisodes V et VI, qui tentaient de ressusciter un antagoniste iconique de la saga, Billy Loomis, en le faisant passer pour un pseudo-spectre que seule l’héroïne pouvait voir. Côté technique, le film est plutôt bien fichu, avec quelques idées de mise en scène intéressantes. Mais bien entendu, impossible de ne pas mentionner la musique de Marco Beltrami, toujours aussi efficace et reconnaissable. Les décors de John Collins, associés aux costumes et à la photographie de Ramsey Nickell, contribuent également à donner au film une identité visuelle solide et fidèle à l’univers de la saga.



Je veux être une guerrière comme toi, maman.


Parmi les autres bonnes surprises du film, la séquence d’ouverture s’avère plus que satisfaisante. Elle se déroule à Woodsboro, dans l’ancienne maison de Stu Macher, là où se déroulait l’action finale du film original de 1996 par le grand Wes Craven, puis réutilisée pour celui de Scream V. Dans ce nouvel opus, la demeure a été transformée en véritable musée dédié à Ghostface. Mais contrairement à certaines idées très mal exploitées dans Scream VI, ce sanctuaire macabre, pensé comme un musée de l’horreur à la gloire des films Stab, sert ici un véritable propos narratif et s’intègre avec beaucoup plus de cohérence et de logique dans l’histoire, puisqu’il s’agit d’une maison d’hôtes. Un hébergement pour le moins particulier, adressé aux fans d’horreur. Les différentes scènes d’attaque tout au long du film sont d’ailleurs particulièrement efficaces. Ghostface apparaît plus radical et plus brutal que jamais, et je dois reconnaître que j’ai été surpris à deux reprises, ce qui ne m’était plus arrivé depuis un moment dans la saga. Je pense en particulier à la scène de massacre sur les planches d'une pièce de théâtre constituant un clin d’œil assez évident à Scream 2, et qui va nous offrir une mort juste... wow. Pour rappel, dans Scream 2, Sidney Prescott participait à une représentation universitaire où elle incarnait Cassandre en personnage central sur scène. Cette séquence avait marqué les esprits, notamment parce que le théâtre y devenait un espace de tension et de drame, se terminant tragiquement avec la mort de son petit ami, Derek, attaché à des câbles de levage dans une mise en scène à la fois théâtrale et cruelle orchestrée par Ghostface. L’autre scène se situe dans un bar, plus précisément au niveau d’une pression à bière, où la ça tire davantage du côté de l'humour. L’attaque dans la maison de Sidney fonctionne également très bien. On apprécie surtout le fait que Sidney et son mari ne soient pas dépeints comme des victimes passives, ce qui aurait été illogique. Ils font face au danger, ce qui renforce la tension. La confrontation qui en découle offre d’ailleurs une conclusion assez percutante, avec une Sidney toujours capable d’envoyer des high-kicks bien placés à son agresseur. Le même sentiment se retrouve lors de l’affrontement final, qui se révèle particulièrement nerveux et intense, avec une Sidney qui se livre à un vrai massacre.



Pourtant, tout n’est pas parfait, loin de là même. Les problèmes apparaissent lorsque le film remet en scène Gale Weathers, incarnée par Courteney Cox. Le personnage reste fidèle à lui-même, mais le problème vient surtout des deux personnages qui l’accompagnent, c’est-à-dire Mindy et Chad Meeks-Martin. Introduits dans Scream V et incarnés par Jasmin Savoy Brown et Mason Gooding, ils étaient encore relativement supportables dans le cinquième film. En revanche, ils étaient devenus franchement insupportables dans Scream VI, en se transformant en véritables caricatures tournées uniquement vers l’humour et le grotesque. Et malheureusement, le problème persiste encore une fois ici. Le duo ne sert à rien dans l’intrigue, mise à part introduire une pseudo critique méta autour du ciné que la scène d’introduction faisait pourtant bien mieux. Ils viennent casser le rythme et la tension avec un humour souvent lourd, et même pas drôle. Ce qui est agaçant, c’est que la licence semble vouloir en faire des figures iconiques de la saga, mais la tentative tombe clairement à plat. Malheureusement, leur statut de comic relief leur offre une protection narrative totale, même lorsqu’ils sont blessés, ce qui finit par devenir assez rageant. Du côté du casting, l’ensemble reste néanmoins solide. Neve Campbell demeure évidemment la grande force du film dans le rôle de Sidney Prescott, désormais Sidney Evans. Courteney Cox assure le minimum syndical en Gale Weathers, mais sa présence reste toujours agréable pour les fans de longue date. Isabel May s’en sort très bien dans le rôle de Tatum, et pourrait potentiellement devenir une nouvelle figure importante de la saga à l’avenir… à condition que le scénario lui permette un jour de mettre quelques coups bien placés à Ghostface, comme sa mère. Joel McHale, dans le rôle de Mark Evans, s’avère plutôt sympathique, même si j’aurais personnellement préféré voir Patrick Dempsey reprendre le personnage qu’il incarnait dans Scream 3. Enfin, il est amusant de retrouver Matthew Lillard, toujours lié au souvenir de Stuart, mais aussi d’autres brides d’antagonistes comme celui de Scream 3 avec Roman, et bien plus encore.



Parlons maintenant de l’identité du ou des tueurs, qui peut sembler au premier abord un peu décevante, voire très… ou même terriblement anecdotique. Mais on reste malgré tout très loin du niveau catastrophique atteint dans Scream VI. Surtout que le film propose un angle thématique assez inattendu. En effet, le cerveau de cette nouvelle série de meurtres est une ancienne femme battue qui s’est reconstruite en lisant le livre écrit par Sidney Prescott dans Scream 4. À ses yeux, Sidney n’est pas seulement une survivante, mais un symbole. Une figure de résilience sous la forme d'une icône symbolisant la reconstruction après la violence. Son témoignage agit comme un électrochoc pour cette femme qui y trouve la force de se relever, en tant que femme battue. Mais cette admiration va peu à peu se transformer en frustration, puis en ressentiment. Lorsque Sidney choisit finalement de se retirer de la vie médiatique pour se consacrer à sa famille et disparaître des écrans, ce choix est vécu comme une véritable trahison. Pour son admiratrice, Sidney n’a pas le droit de quitter ce rôle. Elle devrait continuer à exister comme symbole public, comme incarnation permanente d’un combat. C’est précisément là que le film installe un renversement assez inattendu. L’héroïne est une femme qui décide de tourner la page, de s’éloigner de la lumière de la célébrité pour privilégier sa vie de famille. À l’inverse, l’antagoniste incarne une vision beaucoup plus contemporaine de l’émancipation, fondée sur la reconnaissance sociale, l’exposition permanente et la construction d’une identité autour de son statut de victime devenue symbole. Le conflit naît alors de cette opposition radicale. D’un côté, on a une femme qui estime que la reconstruction passe par une vie apaisée, loin du regard des autres. De l’autre, on a une femme pour qui la reconnaissance publique et l’affirmation constante de son statut deviennent une obsession. Ce n’est peut-être pas le tueur le plus spectaculaire de la saga, j’en conviens. Mais l’idée a au moins le mérite d’introduire un angle assez piquant. Là où beaucoup de récits actuels célèbrent systématiquement la figure de la femme médiatisée et triomphante, le film prend un chemin inverse, puisque l’héroïne est celle qui choisit de quitter la scène pour se consacrer a son rôle de mère, tandis que celle qui prétend incarner l’émancipation et la reconstruction finit par sombrer dans une forme de narcissisme rageur, incapable d’accepter que son modèle refuse de jouer éternellement ce rôle. Je dois avouer que je ne m’attendais pas à voir un film de la saga proposer un renversement aussi frontal. Et, pour le coup, l’idée a au moins le mérite de sortir des sentiers idéologiques habituels.



CONCLUSION :


Scream 7 n’est clairement pas parfait et traîne encore quelques personnages secondaires lourds, mais il réussit là où Scream VI échouait, en recentrant la saga sur Sidney Prescott et redonner à Neve Campbell sa place centrale, mais aussi en ne cherchant pas forcément à suivre le sens de la vague normalisée depuis quelques années. Avec un retour aux sources plus sombre et des idées surprenantes, ce septième opus remet la franchise sur de bons rails. Encore partagé sur ma notation, entre 6 et 7, j'irai le revoir dans la semaine pour confirmer.


Loin d’un grand slasher, mais au moins un vrai slasher avec des nouvelles propositions.



- Si tu lui fais du mal…
- Je ne lui ferai pas de mal. Pas tant que tu ne seras pas là pour le voir.

Créée

le 12 mars 2026

Critique lue 376 fois

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