Il semblerait ici que le cinéaste d’origine finlandaise Mikko Mäkellä ait eu les yeux plus gros que le ventre en voulant parler de deux sujets diamétralement opposés l’un de l’autre qu’il mixe de manière pas toujours très adroite. En mariant une plongée dans l’univers de la prostitution masculine gay avec une immersion dans le milieu littéraire londonien, il se perd. En effet, « Sebastian » tente de montrer comment, par le biais de son personnage principal, le second se nourrit du premier. Le héros prend un alias sur les sites de rencontres mais également dans le roman qu’il écrit sous un pseudonyme entraînant donc un jeu de doubles dupliqué certes intéressant et ambitieux mais pas toujours bien négocié. Ce qui aurait pu être un jeu de miroirs fascinant aboutit à un procédé un peu forcé et bien trop surligné. La manière dont Max, le protagoniste, va se perdre dans le fait de vendre son corps comme dans celui de retranscrire ses aventures à l’écrit n’est pas toujours dépeint de façon pertinente. Pire, tout cela finit par lasser puisqu’on alterne les plans sexe plus ou moins variés (avec la gueule de bois du lendemain qui va avec) avec les pannes d’écriture et les portes qui se ferment niveau opportunités de manière redondante. À force, le long-métrage n’a plus grand-chose à offrir sur le sujet. Il dure près de deux heures mais au bout d’une petite heure, le film commence à tourner à vid et les échecs du personnage paraissent forcés.
En outre, « Sebastian » développe tous les atours du film de niche à destination d’un public gay queer. Certes, filmé avec réalisme, Mäkellä abuse des séquences de sexe parfois crues et souvent dispensables. Heureusement, le jeune acteur italo-britannique Ruaridh Mollica se positionne comme une révélation au charme magnétique. Il incarne parfaitement la dualité de son personnage entre abandon dans le sexe tarifé et les errances du syndrome de la page blanche. On apprécie également les séquences plus douces avec le second rôle porté par le trop rare comédien de théâtre Jonathan Hyde en client empathique et peu habitué à ce genre de pratiques. La mise en scène est de qualité, le cinéaste finlandais nous gratifiant d’images immersives et brutes où la frontalité du monde du sexe entre hommes se télescope avec l’image lissée et chic de celui du journalisme et de l’édition, mais non sans quelques clichés au passage. Au final, « Sebastian » n’est pas un mauvais film mais une œuvre qui finit par faire du surplace sans rendre digeste cette collusion de deux univers à priori peu solubles l’un dans l’autre.
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