Self Reliance est une comédie étrange, de celles qui commencent avec une idée assez originale sans toujours savoir jusqu’où elles veulent l’emmener. Un homme ordinaire, un peu éteint, reçoit la possibilité de participer à un jeu absurde : s’il survit pendant un mois sans jamais être complètement seul, il peut gagner un million de dollars. Le problème, c’est que personne autour de lui ne le croit. Et c’est là que se trouve le meilleur du film : dans ce mélange de paranoïa, de solitude, d’humour embarrassé et de besoin désespéré de compagnie.
Jake Johnson fonctionne très bien parce que ce type de personnage lui va parfaitement. Il a cette manière de paraître perdu, fatigué et drôle sans trop forcer. Son Tommy n’est pas exactement en danger tout le temps, mais il est prisonnier d’une vie triste, immobile, déconnectée. Le film utilise la prémisse du jeu pour parler, sans devenir trop sérieux, de quelque chose de très reconnaissable : la facilité avec laquelle on peut s’isoler et la difficulté qu’il y a parfois à demander de l’aide ou simplement à être accompagné.
Le casting aide beaucoup aussi. Anna Kendrick, Andy Samberg, Natalie Morales, Mary Holland, Emily Hampshire et Christopher Lloyd apportent ce ton de comédie un peu décalée, sans transformer le film en suite de blagues évidentes. Il y a une naturalité agréable chez les acteurs, comme s’ils comprenaient tous que le film doit être absurde, mais pas trop excessif. Cet équilibre le rend facile à regarder.
L’idée de départ est très bonne. Il y a un peu de thriller, un peu de jeu de survie, un peu de comédie romantique bizarre et un peu de film indépendant sur des gens bloqués émotionnellement. Et le plus intéressant, c’est qu’il peut plaire à plus de monde qu’on ne le penserait en lisant son argument. Ce n’est pas un film réservé aux amateurs de comédies étranges. Il a un côté accessible, sympathique et même tendre qui le rend agréable.
Cela dit, il n’exploite pas totalement sa prémisse. En regardant Self Reliance, on peut imaginer plusieurs films plus forts à partir de la même idée : un plus sombre, un plus fou, un plus romantique ou un plus critique envers les émissions de téléréalité et le spectacle numérique. Le film choisit une voie plus douce, plus petite, ce qui lui donne du charme, mais limite aussi le résultat. Dans sa dernière partie, il perd un peu de force et laisse l’impression qu’il aurait pu aller plus loin.
Malgré tout, on apprécie qu’il tente quelque chose de différent. Ce n’est pas une comédie parfaite, mais elle a de la personnalité, de bons acteurs et une prémisse qui accroche dès le début. Elle fait sourire sans trop forcer, et sous son étrangeté se cache une belle idée sur le lien humain. Au fond, le jeu ne consiste pas tant à survivre à des chasseurs qu’à découvrir qu’être seul tout le temps n’était peut-être pas une si bonne manière de vivre.
Self Reliance est petit, irrégulier et un peu sous-exploité, mais aussi sympathique, original et facile à regarder. Une comédie étrange qui se savoure plus qu’on ne l’attendait, justement parce que sous son dispositif absurde il y a quelque chose d’assez humain. Ce n’est pas un grand film, mais il se regarde très agréablement.