Il aura fallu dix-sept ans pour qu’enfin on ait un nouveau Sam Raimi, loin des gros studios. Car même si j’aime plutôt bien son Doctor Strange, il faut reconnaître que c’est un Raimi bridé et dans une auto-référence qui semble trop calculée pour être franche. Quant à son Oz, il ne m’en reste que le souvenir d’un produit édulcoré par le passage chez Disney. Il faut donc remonter à Drag me to Hell pour retrouver un truc qui tâche par son énergie folle.
Quel plaisir alors de retrouver cela dans Send Help, sorte de Triangle of Sadness qui troque le scato pour le gore. Le cinéaste relâche tout ce qu’il a retenu durant sa longue absence dans un ersatz craspec des Looney Toons où les fluides humains et animaux se mélangent dans un joyeux bordel, où les effets pratiques et numériques s’entremêlent pour le plaisir de des yeux (qui pendouillent, qui se compressent ou s’exorbitent).
Tout ceci sur fond d’une Rachel MCAdams enlaidie dont la caméra tire le pire profil pour dépeindre un personnage qui a, à la ville, perdu tous les codes sociaux par l’isolement causé par une relation abusive, et trouvera un second souffle dans une adversité qu’elle recherche. Une île sur laquelle les monstres sont créés, mais où l’on ne prendra jamais en empathie leurs victimes, connards finis que l’on prend plaisir à voir déchanter.
Send Help est jubilatoire, amoral, et parvient à surprendre dans un déroulé que je ne voyais pas venir. Il sonne un retour à la “norme” pour Sam Raimi, et on espère que le succès au box-office permettra à l’artiste de continuer sur cette voie de projets plus modestes mais ô combien plus alléchants.