Les thèmes évoqués par David Wagner dans son premier film sont très classiques, virilisme ambiant au sein de l'institution militaire, difficulté d'assumer son homosexualité dans certains milieux, etc. J'ai malgré tout trouvé que "Sergent Major Eismayer" parvenait à tirer son épingle du jeu en jouant sur un tableau peu courant, celui d'un renversement des perspectives : puisque le courage est souvent invoqué au sein de l'armée (autrichienne, en l'occurrence) de manière générale pour accomplir différentes tâches et missions, pourquoi ne pas l'invoquer également dans le cadre d'une affirmation de soi ?


C'est le programme auquel se tient le film du début à la fin, sans excès sur le plan scénaristique : pas de grand retournement de situation, pas d'invraisemblance monumentale. L'ensemble est plongé dans une rigueur esthétique très froide, qu'on pourrait qualifier de toute autrichienne (wink wink Haneke et Seidl), et maintient un cap très concret, très réaliste. À mes yeux ce sont les deux acteurs principaux qui tiennent la baraque, surtout Gerhard Liebmann dans le rôle du sergent éponyme jouant sur les terres du sergent instructeur Hartman de "Full Metal Jacket" en un peu moin outrancier (et surtout beaucoup plus perméable aux failles) mais aussi Luka Dimic dans celui de Mario Falak, la recrue par laquelle l'homosexualité arrive dans la caserne. Une pratique sexuelle qui ne sera d'ailleurs jamais avancée comme problématique par les soldats (en grande partie en tous cas), les tensions émergeant davantage du côté des supérieurs.


La thématique de la double vie menée par le sergent major, bourrin classique en habits militaires mais père aimant à la maison, est abordée avec pas mal de nuances appréciables quand bien même on pourrait relever quelques zones de faiblesse — notamment le vacillement de ses positions conservatrices, on ne sait pas trop s'il s'agit d'un déclic, d'une révélation, d'une prise de conscience, mais à la fin, il y a du courage dans sa façon d'assumer, clairement. J'aurais bien aimé voir la façade hétéronormée davantage approfondie aussi, ainsi que les conséquences en matière d'identités duales malmenées et peu à peu ingérables.

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le 6 sept. 2025

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Morrinson

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