Le 05 octobre 2017, Megan Twohey & Jodi Kantor, des journalistes du New York Times, dévoile aux yeux du monde entier les agissements du célèbre producteur hollywoodien Harvey Weinstein. La divulgation au grand jour de ce que le tout Hollywood savait fera l’effet d’une bombe, déclenchant par la suite le mouvement #MeToo. Ce film retrace cette enquête au long court, dévoilant par la même occasion, l’un des plus grands scandales d’agressions sexuelles de notre époque (cette enquête précèdera de seulement quelques jours l’enquête de Ronan Farrow pour le New Yorker).
Pour les besoins de son film, la réalisatrice allemande Maria Schrader a adapté le livre-enquête éponyme coécrit par les journalistes du New York Times et nous replonge à cette occasion, en plein cœur de cette enquête fleuve. Est-ce que l’on y apprend de nouvelle chose dans cette sordide histoire ? La réponse est non. Est-ce que ce film permet d’éclaircir des zones d’ombres et d’y voir plus clair sur tout ce qui a pu se dire durant ces 5 dernières années ? La réponse est non. Très franchement, si vous vous êtes suffisamment tenu informé de toute cette histoire et que vous ne vivez pas en ermite au fin fond d’une grotte, vous ne devriez pas apprendre grand-chose de nouveau. Maintenant, si vous ne vous étiez jamais intéressé à cette histoire, vous devriez sans grande difficulté être happé par toute cette (sale) affaire.
Quand bien même on connaîtrait les tenants et les aboutissants, cela ne nous empêche pas d’être tenu en haleine, la réalisatrice parvient à nous captiver, grâce à une montée en puissance, un (très) grand nombre de protagonistes et d’innombrables révélations. La réalisatrice y incorpore aussi quelques images d’archives et de nombreux enregistrements sonores, permettant notamment d’entendre Rose McGowan, Judith Godrèche ou encore Gwyneth Paltrow. Le film ne s’intéresse pas seulement au microcosme hollywoodien, puisqu’il relate des affaires d’agressions sexuelles aussi bien d’anonymes que des employés de la Miramax (société fondée par les frères Weinstein) et des actrices hollywoodiennes. Parmi ces affaires, on retrouve le cas d’Ashley Judd (qui joue son propre rôle), ainsi que d'anciennes assistantes et ex-comptable de chez Miramax (des accords de confidentialité et autres accords financiers ont été réglé avec les fonds propres de la société pour tenir sous silence les victimes des exactions de H.W.)
Ce n’est pas le premier film sur cette affaire, après L'Intouchable, Harvey Weinstein (2019) d'Ursula Macfarlane et The Assistant (2020) de Kitty Green, ne vous attendez pas à un nouveau Spotlight (2015), en effet, difficile de lui arriver à la cheville. Cependant, She Said (2022) parvient aisément à retranscrire cette incroyable histoire (les premières tentatives d’agressions d’H.W. remontent au milieu des années 90). Condamné à 23ans de prison (du moins, pour le moment, car d’autres procès verront le jour en 2023), plus de 80 femmes auront été abusées par H.W.
A la vue de ce film, on peut néanmoins regretter qu’à travers celui-ci, Hollywood soit tenté de se racheter une bonne conscience en dénonçant ces agissements… avec près de 30ans de retard (pendant des décennies, toute l’industrie était au courant de son comportement et aura préféré fermer les yeux et courber l'échine devant ce nabab tout-puissant).
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