En 2025, rayon horreur, tout le monde semble n'avoir d'yeux que pour les frères Philippou et Zach Cregger.
En 2025, le masqué, lui, avait visiblement raté le train de l'unanimité horrifique et voulait parler d'autre chose.
Car il ne suffit pas, à ses yeux, de savoir installer une ambiance délétère ou greffer des scènes choc qui restent en mémoire, surtout si c'est pour ensuite laisser filer son effort vers le thriller bas de gamme ou encore le comique troupier pseudo assumé digne de Benny Hill.
Ainsi, après un Together efficace sorti cet été, il a été séduit par les mystères entourant Shelby Oaks et avait envie de parler de Chris Stuckman.
Certes, le film ne réinventera jamais la roue du genre, et apparaît aux yeux de beaucoup, après lecture de quelques premiers retours, comme un pot-pourri faiblard et peu inspiré. Sauf que Shelby Oaks réussit à faire peur, tandis que Stuckman tient son premier film jusqu'au bout, contrairement aux petits phénomènes critiques labellisés de l'année 2025.
Et puis, il faut avouer que l'entame du film est très séduisante, naviguant entre le found footage à la Blair Witch, les émissions amateurs Youtube, les true crime, le (faux) documentaire et les fils d'actualité des réseaux sociaux. Soit une moderne multiplication des sources et des médias, véritable mosaïque de l'information et du divertissement propice au doute et aux soupçons de mise en scène.
De manière que l'on se prend au jeu, comme dans le film, à traquer l'incohérence, le bidonnage, le mensonge. Dans une mise en scène qui semble jouer avec notre ressenti et notre défiance initiale. Jusqu'à l'irruption d'une violence sèche et tétanisante s'imposant à la fois comme une rupture stylistique et un essor du malaise, sur lequel d'autres images found footage viendront se greffer par instant.
Shelby Oaks reviendra donc vers une narration plus classique, faite d'explorations angoissantes habilement menées et de flashbacks traumatiques venant cimenter la relation entre ces deux sœurs arrachées l'une à l'autre. Et du traitement de peurs intimes qui semblent chères au réalisateur, dans le silence, le plan fixe et les ombres qui se dessinent derrière une fenêtre ou une porte. Images classiques mais tout à fait saisissantes, sans nul doute déjà vues ailleurs mais continuant de produire leur petit effet.
Dans sa dernière ligne droite, Shelby Oaks décrit le mal comme s'infiltrant partout, parle de sa capillarité de sa transmission en choisissant d'emprunter un autre sous-genre plus ésotérique de l'horreur. Et si l'oeuvre ne propose rien de foncièrement neuf, il réussit jusqu'au bout à garder le cap de sa tension et de la stimulation de l'imagination de son spectateur qui remplira certains blancs entre quelques photos abominables et autres extraits vidéos posant question.
De sorte que, très ramassé et plutôt juste dans la description de son personnage, de son obsession et de son cœur émotionnel, le film, qui ne recherche ni l'épate, ni le faussement cool, a marché du tonnerre sur le masqué, qui n'est jamais sorti de l'expérience proposée et de l'immersion dans cet univers rongé et vétuste marqué par l'abandon.
Ce qui n'est pas le moindre des mérites de Shelby Oaks.
Behind_the_Mask, cabin in the woods.