Le film est décrit dans le générique comme étant un film poème.
3h20...
C'est un très long poème.
Ah oui, mais le titre français se réfère à L'Iliade, carrément (qu'en est-il du titre russe?)
Ce qui est sûr, c'est que ce long film fleuve (tranquille), relatant les déboires de deux familles sibériennes que tout oppose, est effectivement poétique. Car comment, par exemple, appeler ainsi cet homme creusant une route à travers les forêts de pin, tout seul, en direction d'une étoile?
Konchaloski signe ici une grande fresque brassant plus de soixante ans d'histoire soviétiques, opérant entre les chapitres de nombreuses ruptures de ton, mais suivant toujours les mêmes familles. De la fin de la Russie des tsars à la révolution qui rebat les cartes, jusqu'à la mise en place de l'U.R.S.S., les vagues de l'histoire viennent mourir sur le rivage sibérien, et si elles l'érodent petit à petit elles peinent à le transformer en profondeur. C'est un autre monde, un monde étrange où se mêlent animisme, christianisme, et bientôt conscience de classe, sans que les traditions, représentées par un grand-père esprit, ne changent tellement.
Car l'autre monde, celui des esprits et des morts, est une réalité au fin fond de cette taïga. Aura un peu fantastique que le film sépare de la réalité par l'usage d'un noir et blanc d'une grande clarté, qui sera aussi celui de la vision horrifique de la seconde guerre mondiale : lorsque les vivants trépassent en si grand nombre, les esprits regagnent leurs droits. Un autre noir et blanc, charbonneux, celui-là, rythme le film : c'est celui de l'actualité du pays, dont l'accéléré contraste avec l'immobilisme de la vie là-bas. Lorsque l'on descend du bateau qui remontait le fleuve, un portail immuable accueille le nouvel arrivant. C'est bien dans un autre monde que l'on arrive.
On regrettera peut-être une dernière partie à la gloire des travailleurs, qui ressort plus de la propagande, plus prosaïque.
Ce n'est pas en vain, malgré tout, que l'auteur revendique l'appellation de film-poème.