Cela fait une trentaine d'années que Joachim Lafosse a en tête le sujet de Six jours, ce printemps-là, avec pour point de départ un souvenir d'enfance. Le film, bien que portant incontestablement la griffe du cinéaste, est assez différent de ce qu'il a réalisé jusqu'alors. Dans cette histoire où une femme séparée, ses deux enfants et son nouvel ami occupent sans autorisation une splendide villa sur les hauteurs de Saint-Tropez, le spectateur est confronté à l'attente d'un épisode dramatique, qui ne peut que survenir, tôt ou tard. C'est tout l'art de mise en scène du cinéaste belge que de nous faire ressentir cette tension en permanence, sans pour autant appuyer sur des leviers habituels. On peut même dire qu'il ne se passe pratiquement rien dans le film, ne contenant en tout cas aucun élément qui viendrait emballer le récit. C'est surprenant, mais ce sont d'autres aspects qui ressortent en filigrane, autour du déclassement social et des privilèges qui ne sont accordés qu'à ceux qui possèdent l'argent nécessaire à leur obtention. Dans le rôle principal, Eye Haïdara convainc tout à fait en femme inquiète, protectrice, en contrôle instable d'une situation sur un fil. Ce n'est pas le meilleur film de Joachim Lafosse, assurément, mais peut-être l'un des plus subtils, dans le jeu avec son public et avec ce qu'il dit sur notre société clivée.