Numéroté un rang avant Seven mais plus porté sur la repompe du Silence des agneaux, Six-Pack veut jouer dans la cour des grands thrillers désespérés qui kiffent les meurtres sordides, les flics brisés et les tueurs en série machiavéliques. Le naufrage est à la profondeur de ces ambitions tant rien ne va dans cette bouse française réalisée par Alain Berbérian qui recycle les clichés moqueurs de La Cité de la peur en version tropes ridiculement sérieux. Aucun personnage n'est caractérisé au-delà de sa fonction : flic obsédé par son enquête (Anconina, nul), assistant flic inutile (Diffenthal, transparent), serial killer méchant parce que méchant (Jonathan Firth cabotin du sadisme), "chèvre" sacrificielle (Chiara Mastroianni, joueuse de bowling sur 3615 Blonde)...
Le scénario est au diapason de cette nullité abyssale, rien n'a de sens car tous les événements ne se produisent que parce que le récit en a besoin pour qu'il se passe quelque chose, délitant autant que possible le rien auto-créé. Dès qu'on repense un instant aux scènes précédentes, on se rend compte de leur absence de pertinence (tel ce beau voyage aux USA pour rencontrer un serial killer local qui n'a aucune information à transmettre, ou tout le délire sur la surveillance en hauteur), voire on le vit en direct comme lors de la succession d'événements improbables pour que se réalise l'ultime (et scandaleusement inutile) meurtre... Quick, assassin ! Quand ça ne vire pas au sublime tour de passe-passe magique pour virer les indices trop évidents ("on a une témoin mais le scénario a décidé qu'elle n'existait plus").
Et j'ose à peine évoquer la chiasserie de la révélation finale qui semble vouloir faire vivre symboliquement au spectateur les profanations corporelles des victimes du tueur, complaisamment montrées via les photos que collectionne et affiche partout Anconina (tu le sens que c'est daaaaark ?). Le résultat est donc une enquête laborieuse et interminable que tentent de dynamiser une musique de forceur et la récurrence des scènes où Anconina court (au point de parfois rappeler les problèmes de burger de La Classe américain). On s'amusera un peu de l'emploi n'imp' du hors-champs magique (oui le gars était juste devant moi mais je ne pouvais pas le voir car il était hors-champs) et de l'ordinateur du futur qui peut reconstruire un visage en 3D à partir d'un arrière-plan flou d'une photo basse définition (stockée sur disquette bicoz les années 2000).
Le statut de nanar de Six-Pack me parait donc sujet à débat tant la nullité agaçante l'emporte, les quelques aspects marrants étant plombés par les velléités de dégueulasserie gratuite qui donnent juste envie de flinguer tout le casting survivant. Un avis à nuancer selon votre état d'esprit lors du visionnage. À noter que le film est une adaptation d'un roman de Jean-Hughes Oppel, par ailleurs assistant-caméra, mais également directeur photo du spectacle de Lagaf au théâtre du gymnase (merci Kevo42 pour cette anecdote plus... légère ?).