Dans le service psychiatrique de l’hôpital, le Dr Rose Cotter rencontre une étudiante qui a été témoin du suicide de son professeur quelques jours plus tôt et prétend depuis être hantée par une entité qui prend l’apparence de personnes au sourire plus qu’inquiétant…
Que le sourire, habituellement signe de bienveillance, devienne ici une menace terrifiante n’est sans doute pas totalement inédit, mais Parker Finn choisit de traiter cette idée au premier degré, sans la moindre ironie ni distance, ce qui se révèle souvent franchement angoissant. Le film repose en grande partie sur cette inversion d’un code social fondamental : le sourire, masque de convivialité, devient rictus monstrueux, révélateur d’un malaise plus profond. On peut d’ailleurs y voir une critique implicite d’une société où l’expression des émotions est codifiée, où l’on attend des individus qu’ils affichent en permanence une façade rassurante, quitte à dissimuler la souffrance.
Le film gagne également en intérêt lorsqu’on le considère comme une véritable métaphore du traumatisme. La « malédiction » qui frappe les personnages se transmet de manière quasi virale, comme une contamination psychique impossible à enrayer, évoquant la persistance du choc et son caractère transmissible. Le fait que l’héroïne soit psychiatre n’est évidemment pas anodin : figure de la rationalité et de l’écoute, elle se trouve progressivement confrontée à ce qui échappe à toute explication logique, glissant peu à peu vers une zone trouble où la frontière entre folie et réalité devient indécidable.
Sur le plan formel, Parker Finn fait preuve d’un réel savoir-faire. Sans révolutionner le genre, sa mise en scène, assez classique en apparence, installe un malaise diffus grâce à des cadrages instables, des mouvements de caméra insidieux et un travail sonore particulièrement agressif, où les stridences musicales accompagnent la montée de l’angoisse. Loin de reposer uniquement sur les jump scares — qu’il utilise avec une relative parcimonie — le film privilégie une tension progressive, ponctuée de scènes marquantes, notamment la remarquable séquence de l’anniversaire, véritable pivot dramatique où le réel semble définitivement se fissurer.
Rien de transcendant sans doute, le film restant assez programmatique dans sa progression et relativement attendu dans ses effets, mais cette efficacité participe aussi à son impact. Smile n’en demeure pas moins un bon film d’horreur, suffisamment maîtrisé et cohérent pour faire naître un véritable malaise et en faire frissonner plus d’un.