<i>Légers spoilers.</i>
Les films de Med Hondo ont connu un grand regain d'intérêt ces dernières années, et à découvrir celui-ci, son plus connu, on comprend aisément pourquoi : c'est un cinéaste doué. La colère révolutionnaire qui couve sous son récit n'est ici pas l'évitement du cinéma (une urgence du propos qui prendrait l'art en otage), mais son fuel. Le film est bouillonnant d'idées, d'images, de sons et de visions inspirées, sans que jamais cela ne ressemble à un jeu formel coquet : la mise en scène est directement perfusée à la colère et à l'expression d'un dégoût viscéral, telle une longue crise d'angoisse (littérale, à la fin) qui couve et hurle sous la surface intellectuelle.
Comment se fait-il, alors, que la vision du film m'ait été si pesante, assommante d'ennui même parfois ? Mon allergie régulière au cinéma politique des années 60, dont le catéchisme théorique m'épuise, est sans doute en cause, mais pas seulement. Une clé réside peut-être dans ce qui m'a de très loin le plus plu, à savoir les passages purement symboliques et abstraits (qui constituent notamment la longue ouverture et clôture du film). Ce sont les plus casse-gueule pourtant, mais la parabole s'y épanouit alors uniquement pour ce qu'elle est. Quand le film se prend à appliquer ce même geste abstrait au quotidien parisien, négociant alors non plus avec des idées, mais avec un réel dont il veut rendre compte, il devient insupportable de didactisme. Et ce dès ce héros arrivant tout sourire à la rencontre de la « douce France de Rousseau et Molière » : allégoriquement, il fait parfaitement sens ; dans la réalité du récit, c'est d'emblée un niaiseux qu'on va avoir du mal à suivre.
Les situations schématiques s'enchaînent ainsi (un individu vient demander un emploi, on le renvoie pour racisme : la scène en conclut donc qu'il y a racisme), comme autant de démonstrations tautologiques semblant construire de toutes pièces le monde contre lequel le personnage construira sa révolte. Évidemment que la France des années 60 était outrageusement raciste (et pire encore, inconsciente de l'être), pétrie de réflexes coloniaux jusque chez ses intellectuels de gauche mielleux. On n'en est toujours pas vraiment sortis… Mais en peignant ce monde réel comme on confectionnerait des pantins ou un tract, le film donne constamment le sentiment paradoxal de s'inventer un antagoniste, un continuel homme de paille, pour pouvoir ensuite mieux le combattre (alors qu'on imagine aisément de telles situations vécues à la chaîne, tant le film respire l'autobiographie – ou, pour reprendre le joli mot du livret, "l'autothérapie").
Bref, il y a là comme un problème profond de calibrage entre la manière, la distance et l'objet, qui rend la vision pénible sur la plupart des scènes. Et ce quand bien même on découvre paradoxalement là un cinéaste précieux dans le paysage de la modernité, tant il semble, contrairement à bien d'autres de ses collègues, avoir conservé un lien organique entre la nécessité viscérale de filmer et sa virtuosité formelle.
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