Sorda est le prolongement du court métrage éponyme (2022) d'Eva Libertad, sélectionné dans plus de 70 festivals et récompensé d'une trentaine de prix dans le monde entier. Son histoire est inspirée par celle de la sœur de la réalisatrice, elle-même sourde et actrice, qui joue le rôle de cette femme angoissée alors qu'elle ne sait pas encore si son futur enfant entendra ou non. Le film joue la carte du naturalisme puis se recentre sur le couple (le mari n'a pas de handicap), avec les difficultés pour bien s'entendre (sans jeu de mots) dans l'éducation de ce bébé. La cinéaste tourne ce qui est presque un documentaire, au moins pour les 2/3 du long métrage, et choisit alors de véritablement nous immerger dans l'univers de son héroïne, en jouant de manière intelligente, et parfois même angoissante avec les sons. Le film ne cherche pas à susciter un trop-plein d'émotion, mais entreprend plutôt de nous faire comprendre à quel point la surdité est un lourd poids dans une société qui ne prend en compte que les "valides." Cette volonté pédagogique, hautement estimable, rogne cependant en partie la qualité romanesque d'un film, par ailleurs sans éclat particulier dans sa mise en scène, et dont le personnage principal, qui souffre et n'est pas compris par les entendants, agit parfois d'une façon pouvant être considérée comme trop égoïste.