Eva Libertad filme sa propre sœur Miriam Garlo, actrice sourde dans la vraie vie. Elle joue ici le rôle d’une femme sourde marié à un homme entendant. Le couple attend un bébé, sans savoir s’il sera entendant ou non.
« Sorda » est un drame très sobrement filmé, de manière presque naturaliste, pour mieux se focaliser sur ses personnages… et aussi à l’occasion sur les sons. Le film traite évidemment de la surdité en elle-même, mais surtout de la manière dont elle affecte la cellule familiale, et cette mère qui se sent terriblement isolée.
Au-delà des problèmes évidents de communication (dont le stress de la séquence d’accouchement !), « Sorda » aborde ainsi la frustration, la colère, parfois aussi la honte que peuvent subir les sourds, qui n’osent pas toujours avouer ce handicap invisible. La difficulté à élever un enfant dans ces conditions, notre protagoniste en venant presque à souhaiter une surdité pour son enfant, pour se rapprocher d’elle, ou l’intégrer à sa communauté.
Le film n’a d’ailleurs pas peur d’aller vers le politiquement incorrect, évoquant aussi l’égoïsme latent qui peut dériver d’une telle condition. Voire la quasi-victimisation à laquelle certains sourds peuvent avoir recours dans des moments difficiles ou des disputes.
On sent à ce niveau du vécu, guère étonnant vu les relations entre la réalisatrice/scénariste et l’actrice principale. Tandis que les acteurs sont bons, mêlant langue espagnole et langage des signes.
Un drame tout à fait pertinent.