Sorry, Baby
7.1
Sorry, Baby

Film de Eva Victor (2025)

[Trigger Warning - Mention et discussion de traumas, v**l, VSS]


J'avais entendu parler de Sorry, Baby comme d'un film traitant de traumatisme, de VSS, et en parlant très bien, du point de vue des victimes et non des agresseurs, sans glamoriser ou minimiser cela comme c'est souvent le cas, et sans montrer explicitement le crime.


Et effectivement, c'est ce que j'ai vu. Alors, pour commencer, petit message de prévention, ce film peut remuer des traumas personnels, n'emmenez pas n'importe qui le voir sans Trigger Warning, et si vous avez été victime de faits similaires, assurez-vous d'être prêt-e à le voir. Il n'y a pas de représentation visuelle ou graphique du v**l, mais celui-ci est décrit de vive voix et de façon assez détaillée.


Je n'ai personnellement pas été victime de crimes de nature sexuelle, mais ayant été victime d'autres traumas/"crimes", j'ai un peu d'expérience avec le PTSD (abréviation anglophone du Trouble du Stress Post-Traumatique, TSPT), donc j'ai pu m'identifier à notre personnage principale par moments.

Je connais aussi plusieurs victimes de crimes de cet ordre, et la posture de Lydie, (meilleure) amie de la victime qui l'aide comme elle peut m'est familière.


J'ai pu voir dans sa dynamique avec Agnès de nombreuses choses dont je peux témoigner. Le fait de se retourner vers son ami-e à la mention du trauma ou de l'agresseur, d'établir un contact physique pour l'aider à gérer le trigger. Écouter l'autre raconter le trauma. L'entendre remettre en question ce qui lui est arrivé, sans oser mettre le terme adéquat dessus, se penser coupable de ce qui lui est arrivé, car on remet toujours la faute et la culpabilité sur les victimes. Cela de retrouve même dans le découpage, cette partie étant nommée "The year of a bad thing", car Agnès minimise fortement le crime dont elle a été victime.

L'accompagner vers les autorités "compétentes" qui traitent la personne sans le moindre respect. Essayer de rire et de plaisanter lors qu'on va les voir pour dédramatise, alors que la police/les urgences/X regardent cette personne sans comprendre, voire en doutant d'elle.

Constater l'inefficacité de la loi, de l'état, des personnes censées aider, qui ont toujours un bon prétexte pour ne pas le faire (ici la démission du prof).


Et voir notre ami-e, victime d'un crime, toujours souffrir, toujours se battre, essayant de surmonter cela, de porter plainte, d'avancer, de vivre, mais qui se prend toujours des murs, des doutes, des injures. La victime sera toujours fautive, le coupable toujours intouchable.

Et si la colère donne envie de brûler sa maison, on ne peut pas aller le faire.


Bref, ce film est extrêmement réaliste. Bien sûr, il ne représente qu'une situation parmi des millions, et ne représente donc pas le vécu de toutes les victimes, que ce soit en termes de souffrances, de PTSD, de somatisation, de survie, etc.

Par exemple, Agnès était une femme adulte lorsqu'elle a subi ce crime, dans le cadre de son travail et ses études, par un homme en situation d'autorité qu'elle admirait, dans un village perdu où elle restera avant d'y trouver son job. Plein de ses éléments sont déterminants dans sa survie et sa gestion du trauma, et de nombreuses conséquences se retrouveraient différemment chez des victimes différentes. Il ne représente donc évidemment pas toutes les victimes, pas tous les récits, mais il représente déjà beaucoup d'éléments communs de façon réaliste.

D'où l'importance de ces voix, ces histoires et récits, et de voir ce film.


Certaines scènes apparaissent cependant comme universelles, que ce soit pour les victimes de v**l, ou pour toutes les personnes souffrant de PTSD. Les pensée intrusives, la peur des bruits de sa propre maison, la crise d'angoisse en public, la discussion du trauma avec une personne inconnue de façon un peu random, la décision spontanée d'adopter un chaton tout mignon, l'inversion de la culpabilié, le fait de dissocier complètement, d'en rire, la dépression, la peur d'être parent et de voir des enfants subir les mêmes choses que nous, l'impossibilité de concevoir son propre avenir.


Ce film est important à voir pour sa représentation, et c'est notamment pour cela que je lui mets 10. Car en sortant de la séance, je penchais plus pour un 9. J'ai trouvé le film excellent, mais il me manquait un truc. Notamment sur la fin. Un peu d'espoir peut-être.

Si je trouvais le discours d'Agnès envers cette petite bébé très parlant, avec ce rôle d'écoute et de confession que l'on a tendance à prendre en tant que personnes traumatisées (genre "t'inquiètes, tu peux tout me dire, j'ai vu pire"), j'aurais aimé l'entendre adresser quelques mots d'espoir à cette enfant, essayer de la rassurer.


Je trouvais aussi dommage de ne jamais voir de connexion à l'écran entre Fran et Agnès.

Fran, en tant qu'enby chaotique par excellence, semblait assez froid-e envers Agnès. Je comprends que la situation soit tendue avec Lydie, du fait de la nouvelle parentalité et des bousculements que cela entraîne, mais j'avais presque l'impression qu'iel était hostile envers Agnès, et ça m'a un peu fait mal.

J'aurais aimé voir un peu plus de leur relation, de douceur, de compréhension, d'échange.


Ce sont deux points qui faisaient baisser ma note à 9, mais l'importance politique de ce film me fait passer à 10.


En termes de réalisation, j'ai aimé la découpe du scénario en quatre parties. Le présent, l'année du bébé donnant des indices sur le trauma et les circonstances, avec la sororité des deux amies de longue date, puis permettant de conclure le récit avec les progrès d'Agnès. L'année du truc grave, et l'année du bon sandwich.


Particulièrement l'année du bon sandwich. Cette scène, cette discussion entre une personne traumatisée et une personne inconnue qui l'a aidée par hasard, et fait preuve de beaucoup de générosité et sagesse, alors que ça ne se devinerait pas au premier abord, était très réaliste et douce. J'ai beaucoup aimé.

Et j'ai beaucoup aimé le chaton, la scène au magasin était hilarante.

Car ce film m'a aussi beaucoup fait rire, et j'aime que le choix de l'humour ait été fait, car les personnes traumatisées ont souvent beaucoup d'humour, même si ça se voit rarement car on parle généralement de nos traumas avec sérieux, simplement, car l'humour aide à survivre.


Bref, j'ai tout aimé dans ce film, et même si j'aurais apprécié plus de positivité et d'espoir sur la fin, il mérite un 10, d'être vu, d'informer et d'éduquer les gens.


Je vous conseille aussi de lire et écouter les critiques et témoignages de victimes de ces crimes. Je n'ai personnellement pas beaucoup abordé le traitement du v**l en lui-même dans le film, car je ne suis pas très bien placé-e pour en parler. Mais je suppose que d'autres l'ont fait, notamment des personnes concernées, et je vous invite à vous renseigner à ce sujet.


PS: Après avoir lu certaines critiques, je souhaiterais insister sur l'importance d'écouter les victimes, et d'apprendre ce que sont certaines choses comme la dissociation, la sidération, l'emprise, le v**l, les mécanismes de défense, etc. C'est assez triste de voir le nombre de personnes (d'hommes...) incapables de comprendre pourquoi Agnès ne pouvait pas simplement s'enfuir. Ou incapables de comprendre l'amitié, ayant cru qu'Agnès et Lydie étaient en couple simplement parce qu'elle avait posé sa main sur son genou pour la rassurer lors d'un trigger, alors que la nature de leur relation était explicite ??? À croire qu'on n'a pas vu le même film. Éduquez-vous, messieurs, avec tout mon (ir)respect.

Keos-TC
10
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le 20 août 2025

Critique lue 20 fois

Kéos - TC

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