C’était sans doute un sacré a priori de ma part, d’aller à la séance à reculons à cause de la durée du film. Surtout que je n’hésite pas à prendre mon ticket pour des œuvres tels qu’Avatar ou Le Seigneur des Anneaux. Mais devoir assister à un visionnage de 3h15 sur un drame prenant principalement place dans un EHPAD, je n’étais pas plus emballé que ça. Sans compter qu’hormis Le Mal n’existe pas, que j’avais plutôt apprécié, je n’avais pas forcément d’affinité avec le travail du réalisateur Ryusuke Hamaguchi (Drive My Car). Le seul argument qui me poussait à m’y rendre, c’était d’aller voir un nouveau film avec Virginie Efira, pour lequel elle a obtenu la Palme de la Meilleure interprétation féminine (avec sa partenaire Tao Okamoto). Après un certain temps de réflexion, je m’y suis tout de même rendu… et j’y ai découvert un très beau film. En résumé, Soudain raconte l’histoire d’une directrice d’EHPAD, qui tente d’y instaurer une méthode, l’Humanitude, tendant à reconsidérer les résidents comme des personnes normales – et non des coquilles vides, des légumes… désolé des termes. À améliorer les soins et la bienveillance envers eux. Méthode qui ne fait pas l’unanimité au sein de son équipe, certains y voyant une contrainte à leur quotidien mais aussi à la sécurité des pensionnaires. Alors qu’elle approche du burn out, cette directrice fait la rencontre avec une metteuse en scène japonaise, en phase terminale de cancer, qui va bouleverser sa vision et son ambition. Et ainsi lui faire découvrir son monde d’un autre œil. Je pense que vous le devinerez avec ce résumé : Soudain est un film d’une profonde humanité. Bien évidemment par cette plongée dans l’univers des maisons de retraite. Et de voir comment certaines personnes se battent pour faire passer l’Humain avant toute autre chose. Mais aussi par la rencontre entre ces deux femmes, point central de Soudain vu que celle-ci occupe une bonne heure de projet. Que le film a pour noyau une très longue discussion entre les deux personnages, qui cherchent à se connaître et à s’ouvrir l’une à l’autre. Cela peut paraître long, mais le scénario fait preuve d’une minutie en termes d’écriture qui frôle la perfection. Tout comme l’interprétation des deux comédiennes, qui méritent amplement leur récompense et qui font preuve d’un incroyable naturel – leur alchimie est palpable. De cela, Soudain en tire beaucoup de choses. De magnifiques moments, ponctués par des silences d’une incontestable justesse. Un portrait des plus cinglants sur le capitalisme, qui occupe mine de rien une place importante dans le récit. De l’importance de ces petites rencontres sur le papier anodines mais qui peuvent transformer le monde. Et ce sans jamais tomber ni dans la pédagogie, ni dans le mélodrame – avec un personnage atteint de cancer, le titre pouvait aisément tomber dans le piège. C’est tout simplement beau, touchant, et ça fait un bien fou. Mais si j’en pense beaucoup de bien, la durée conséquente du métrage revient au galop… Car si Soudain a beau être puissant et magnifique, les 3h15 se font un moment ressentir – en tout cas en ce qui me concerne. Pour moi, le titre aurait pu se finir à un instant bien précis, sans avoir besoin de tout l’après qui s’ensuit – et je pense à 50 bonnes minutes de film. En finissant là où je pense, Soudain n’aurait clairement pas perdu de sa superbe, et n’avait pas besoin de montrer l’après de cette rencontre. De comment cette dernière va amener l’héroïne à revoir son projet et le faire évoluer en conséquence. Cela offre d’autres passages certes d’une beauté exemplaire – aussi bien sur le plan technique et humain – mais qui m’ont semblé inutiles. La fameuse discussion centrale se suffisant à elle-même pour nous faire réfléchir et penser à ce que pourrait bien être la suite du récit. Et finalement, le visionnage s’est avéré un peu pesant à terme, malgré les qualités du projet.

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