Voilà une œuvre vraiment sombre sur tous ces versants. Dans « Sovereign », le propos, le fond, le constat, la forme et même le lieu de l’action... Tout est d’une noirceur comme on en voit rarement sur les écrans. Il est certain que ce n’est pas le genre de film que l’on regarde pour se détendre ou pour aller bien. Mais c’est pleinement assumé. Par le biais d’une relation père-fils, ce long-métrage montre en creux la déliquescence d’une certaine Amérique virant à l’extrémisme, peu importe la forme qu’il emprunte. Celui-ci est caractérisé ici par une pensée anti-gouvernementale et le rejet total des institutions, notamment les banques. On y suit un fils noyé sous les convictions politiques et sociales de son père, intenses et rebelles contre la société. Mais cet extrémisme-là pourrait tout aussi bien être celui des conspirationnistes parlant de Deep State, de l’extrême gauche anarchiste ou toute autre courant de pensée, hors des normes établies et étiqueté comme dangereux. Dans le fond, « Sovereign » peint donc le portrait d’une certaine Amérique, en manque de confiance, pauvre et abandonnée par les institutions qui se réfugie dans des courants alternatifs pour combler son désespoir et sa haine.
Ce qui est intéressant dans ce film où le fond est particulièrement dense, c’est que le cinéaste ne semble pas juger ses personnages. D’ailleurs, avant de sombrer vers le point de non-retour, le personnage du père nous édicte des constats et des faits qui font réfléchir. Il y a des vérités dans ce qu’il assène à ses « disciples ». C’est davantage la manière de faire et son jusqu’au-boutisme presque vain (la séquence du tribunal) qui le font courir à sa perte comme un David (lui) contre Goliath (le monstre administratif et judiciaire). Le film est très bavard, radote un peu d’ailleurs, mais ce qui est dit montre bien comment la pauvreté et le malheur peuvent autant pousser les gens à des narratifs et des doctrines extrêmes qui peuvent mener à la folie. « Sovereign » nous présente un pays (un monde ?) qui ne tourne plus rond, au capitalisme destructeur. Un pays qui a peur et qui fait peur.
Cependant, malgré le nihilisme ambiant bien négocié et le côté passionnant mais âpre de ce qui est dit ici, le long-métrage finit par tourner en rond au bout d’un moment. On a la désagréable impression qu’il ne démarre jamais vraiment pour enfin exploser lors d’un dernier acte qu’on pourra trouver excessif même s’il développe une certaine logique narrative. Il faudra aussi se farcir les décors les plus moches que l’Amérique puisse offrir et une réalisation qui en rajoute dans le misérabilisme. Le tout s’élève néanmoins grâce aux compositions fantastiques de Nick Offerman, totalement habité par ce rôle, et du jeune Jacob Tremblay (le jeune acteur de « Wonder » avec Julia Roberts qui a bien grandi) mais aussi de Dennis Quaid dans un second rôle pivot.
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