Tout au long de Sovereign, il y a une forme d'inéluctabilité, à cause d'une première scène qui dévoile en partie le dénouement, tout en instaurant une tension sourde qui ne quittera jamais le film. Inspiré de faits réels et d'un personnage de "citoyen souverain", appartenant à un mouvement diffus qui rejette la légitimité des gouvernements et des institutions du type bancaire. Sovereign suit de près cet antisocial susceptible de perdre son sang-froid à n'importe quel moment et son fils avec lequel il entretient une relation d'amour/domination passablement toxique. En évitant tout jugement définitif sur le comportement de son "héros", incarné par un remarquable Nick Offerman, le film traque l'humain blessé sous le complotiste et son discours auprès d'un auditoire marginalisé, celui d'une autre Amérique, qui subit et survit tant bien que mal. C'est aussi le pays où les armes à feu sont en vente libre que décrit ce long métrage de Christian Swegal, particulièrement bien écrit, réalisé et interprété. Un récit dans lequel la police ne ressort pas indemne non plus, avec une autre histoire de filiation en parallèle. Sombre, à peine répétitif dans ses motifs narratifs, Sovereign est une œuvre solide et passionnante par ce qu'elle dit d'une société qui laisse de plus en plus de citoyens sur le bas-côté, éventuellement enclins à suivre des théories plus ou moins fumeuses et dangereuses.