Un réalisateur en pleine disgrâce critique et professionnelle tue dans un emportement une jeune actrice, un meurtre capté par une de ses caméras. Fasciné par cette pellicule-vérité, et alors que les soupçons de la police se portent à tort sur le mari de la victime, il décide de réaliser une adaptation ciné de ce fait divers en embauchant le suspect dans son propre rôle et l'inspecteur comme conseiller technique, pour subtilement accréditer la thèse du drame conjugal.
Avec son scénario tordu, Larry Cohen construit un récit intrigant qui fait la part belle à un dispositif malsain de manipulation du réel et des personnages, où le coupable peut tout autant jouir du regard de la caméra que de sa répétition homicidaire symbolique réalisée en public et en toute impunité. Une belle mise en scène de la perversion, qui brouille ici les frontières et la fiction et la réalité en confrontant le veuf à une femme réarrangée pour rassembler à feu son épouse (en fait, la même actrice - coucou White Fire) et ainsi le pousser dans les mêmes travers qui polluaient leur union.
Car l'homme n'est pas innocent d'un certain rapport de domination vis-à-vis de sa conjointe, dont on comprend qu'elle s'est retrouvée mariée par les contraintes sociales et qu'elle cherchait alors à s'émanciper en quittant le foyer familial. En ce sens, la conclusion du film est assez ambivalente, résolvant un problème pour mieux retomber dans un autre tout aussi inquiétant. Special Effects parvient habilement à mener son concept à terme, malgré quelques limites dues à sa nature de série B (faut aimer les nappes de synthé).
Très joli master du Chat qui fume. En bonus, Chistophe Lemaire se laisse aller à errer dans ses souvenirs liés à Larry Cohen.