Spy
5.8
Spy

Film de Paul Feig (2015)

Jason Statham : permis de s’auto-parodier


- Moi je fais très souvent ce qu’on croit que je peux pas faire tous les jours : la marche dans le feu, le ski nautique un bandeau sur les yeux, les cours de piano débutant et adultes.
- Moi je suis un vrai espion. J’ai utilisé un défibrillateur pour survivre, je me suis retiré du verre cassé qu’on m’avait fourré dans l’œil, j’ai sauté depuis le toit d’un building en ayant qu’un pardessus comme parachute, je me suis pété une jambe en quatre et j’ai continué à faire croire que j’étais voltigeur au cirque du soleil, j’ai avalé et chié assez de puces électroniques pour ouvrir une boîte d’informatique. Tu vois ce bras ? Une fois je me le suis fait amputer et je me le suis regreffé avec cet autre bras. J’ai pris de manière convaincante devant le congrès US l’apparence d’Obama. J’ai vu la femme que j’aime être jeté d’un avion et être percuté par un autre avion en plein vol. J’ai atterri sur le toit d’un train en sautant d’un pont en voiture en étant en feu, pas la voiture ! J’étais en feu.


Licence de tuer… le sérieux


En tant que réalisateur et scénariste, Paul Feig poursuit avec Spy sa collaboration avec sa muse comique Melissa McCarthy après Mes meilleures amies et Les Flingueuses. Le résultat est une comédie d’espionnage globalement sympathique, parfois très amusante, mais qui peine à s’élever au-dessus de son propre humour, souvent lourd, trop lourd, au point de saboter certaines de ses bonnes idées. Le film ne cherche pas à réinventer le genre. Il pioche ouvertement dans les codes du film d’espionnage classique, en particulier ceux de James Bond, qu’il caricature avec un œil bienveillant à travers une comédie d’action qui se moque du mythe sans le détruire. Le problème vient de l’écriture qui oscille constamment entre gags efficaces et blagues grasses répétitives qui en fait des tonnes et des tonnes. Une moitié de l’humour fait mouche tandis que l’autre tombe à plat ou s’étire inutilement, je repense aux rongeurs dans le QG de la CIA. Le scénario recycle des ficelles déjà vues mille fois, mais pour un récit qui cherche à caricaturer l’univers bondien, il était difficile d’y échapper, du coup autant essayer de bien le faire. On retrouve donc tout l’attirail habituel du film d’espionnage, avec au menu complot mondial, missions d’infiltration et multiples confrontations avec des retournements prévisibles, jusqu’à un twist final que l’on voit arriver de très loin. Cela réduit forcément le suspense, même si je m’attendais plutôt à voir Jude Law basculer franchement du côté des antagonistes.


Pourtant, le film conserve une énergie indéniable, notamment grâce à un enchaînement de séquences d’action correctement mises en scène. La réalisation de Paul Feig s’avère solide et par moment élégante, même si certains effets spéciaux donnent une impression brouillonne sur quelques plans. La photographie de Robert D. Yeoman et la musique de Theodore Shapiro participent efficacement à l’ambiance, notamment grâce au générique musical d’introduction digne d’un film James Bond. La bande-son est variée et dynamique, et épouse bien le ton du film. Les décors supervisés par Jefferson Sage et l’équipe artistique, dont Bence Erdelyi et Tom Brown, offrent un rendu global soigné, d’autant plus que Budapest sert habilement de doublure à plusieurs capitales européennes. Le tournage autour du lac Balaton apporte également une diversité visuelle bienvenue. Les affrontements sont bien chorégraphiés sans jamais être révolutionnaires. Les actions portées par Jude Law sont étonnamment crédibles à travers des enchaînements rudes, même Melissa McCarthy offre quelques moments percutants, comme la confrontation dans la cuisine d’un restaurant à Budapest. Une scène nerveuse et lisible qui montre que le film peut être inventif lorsqu’il s’en donne la peine. Toutefois, l’action reste souvent désamorcée par des dialogues triviaux, quelques fois d’un niveau maternelle, qui cassent la tension dramatique au moment où elle pourrait réellement décoller. C’est un choix assumé, mais qui nuit parfois à l’impact.



Je suis la personne qui va couper votre bite et la coller sur votre front pour que vous ressembliez à une licorne à bite molle.


La qualité de distribution est indéniablement l’un des points forts du film. Sous les traits de Susan Cooper, Melissa McCarthy pétille de mille feux. Agent de bureau de la CIA chargée d’assister l’espion de terrain ultime façon 007 par Jude Law, elle débute dans l’ombre avant d’être propulsée au premier plan lorsque les identités des agents sont compromises. L’idée fonctionne bien car le film évite de la transformer en caricature d’incompétence. Elle se montre compétente, vive, perspicace et intraitable au combat, capable de s’adapter à toutes les situations. Son évolution gagne en assurance de manière convaincante et s’avère plaisante à suivre. Là où le film galère c’est dans sa tendance à répéter les mêmes ressorts comiques liés à son apparence obèse, sa grosse poitrine, ou à sa maladresse sociale qu’elle cache sous des tonnes de dialogues, comme si le scénario n’avait pas confiance en ses qualités de comédienne d’action comique. Si Melissa McCarthy assure sans difficulté, Jude Law n’est pas en reste. En Bradley Fine. Il incarne un espion chic, sûr de lui jusqu’à l’absurde et d’une efficacité redoutable, sauf quand un simple éternuement lui fait littéralement flinguer l’indice capital pour résoudre le film. Une caricature assumée du James Bond parfait. Rose Byrne en tant que Rayna Boyanov , incarne l’antagoniste plus ou moins principale du récit. Elle est délicieusement hautaine et mordante. En revanche, sans être mauvaise, Miranda Hart pour Nancy B. Artingstall m’a moins convaincu.


Le véritable totalement inattendu vient clairement de Jason Statham. En Rick Ford, il s’offre une autodérision totale des rôles de durs à cuire qui ont façonné son image depuis des années. Là où on l’attend en machine de guerre imperturbable, il choisit au contraire le contre-emploi le plus frontal possible en tant que « super espion » persuadé d’être une légende vivante, mais qui enchaîne les bourdes avec un aplomb sidérant. Un boulet sur pattes persuadé d’être indispensable. Son personnage est un concentré de virilité mal placée, de vantardises grotesques et de récits d’exploits improbables qui deviennent de plus en plus absurdes à mesure qu’il ouvre la bouche. Et c’est précisément là que réside la réussite. Statham ne se contente pas de jouer le comique de service, il démonte méthodiquement sa propre mythologie. On sent un comédien qui s’amuse franchement en acceptant de la lâcher la bride pour mieux se ridiculiser avec un sérieux imperturbable. Le plus ironique reste qu’il aurait presque pu voler la vedette à tout le casting s’il avait bénéficié d’un temps de présence plus conséquent. À chacune de ses apparitions, le film gagne en énergie et en mordant. L’humour lui va étonnamment bien et il faut reconnaître qu’il possède une palette plus large que celle qu’on lui attribue habituellement. À tel point qu’on en viendrait facilement à imaginer une suite pour mieux le retrouver, voire d’un spin-off entièrement dédié à Rick Ford, tant le potentiel du personnage est indéniable. Et même si le film a rencontré un joli succès au box-office, la suite pourtant envisagée n’a finalement jamais vu le jour, le studio ayant préféré concentrer ses priorités sur la franchise Kingsman.



CONCLUSION :


Réalisé par Paul Feig, Spy fait rire à l’occasion, parfois de manière correcte, parfois avec des éclats plus marqués, sans toutefois provoquer un grand fou-rire. Our autant, le film bénéficie d’une réelle énergie, d’un casting solide et de quelques scènes mémorables, mais s’enlise régulièrement dans un humour potache trop lourd. Ce n’est ni une parodie complète ni un grand film d’espionnage, mais un divertissement hybride qui fonctionne par intermittence. Le long-métrage doit beaucoup à l'humour indéniablement bon de Jason Statham, et bien entendu à Melissa McCarthy autour duquel s’articule l’histoire.


Un divertissement qui fait le travail, sans jamais réellement marquer l’histoire de la comédie d’espionnage.



Rien ne peut tuer un espion ! Je suis immunisé contre 179 types de poisons, je le sais parce que j’en ai ingéré une bonne dose de chaque alors que j’étais en mission secrète dans un groupe secret pratiquant des duels d’ingestions de poisons. C’était comme un combat de chiens, mais au lieu de chiens qui se battent, il y avait des humains qui ingérait du poison et des mecs riches autour qui faisaient des paris sur si on allait vivre ou crever. J’ai cané au moins cinq minutes, j’ai dû lutter pour revivre. On perçoit rien d’un espion sauf s’il veut être perçu. Je bouge tel un grand félin dans l’ombre.

B_Jérémy
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le 15 févr. 2026

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